SAMLONG Jean François

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En eaux troubles (Gallimard - 2014)

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VIENT DE PARAÎTRE

EXTRAIT

1

     La mer avait avalé son fils.
Depuis elle dormait peu, et se réveillait la nuit toujours baignée de sueur. Une sueur d’effroi qui glaçait son corps. Elle se levait, se dirigeait vers la fenêtre, tirait les rideaux, comme si une agréable surprise l’attendait sur le ruban de sable, mais dans la pâle clarté lunaire, que remarquait-elle ? Plage déserte, morne. Bouleversée, oppressée, elle fouillait dans sa mémoire pour trouver quelque chose à quoi se raccrocher puis, serrant les rideaux dans ses mains, elle guettait l’aube. Toutes ces nuits, que ce fût à minuit ou à quatre heures du matin, c’était les mêmes yeux marron clair fixés sur le rivage, et elle pensait que même si elle ne voyait pas son fils, elle savait qu’il était là, et lui il savait qu’elle veillerait jusqu’aux aurores, il savait tout l’effort qu’il faudrait pour percer du regard le mur d’ombres, sans une larme, car son chagrin l’avait jetée par terre et trop fait pleurer déjà.
     Pourtant le jour du drame, elle s’en souvenait, vers les deux heures de l’après-midi, une brise légère soufflait sur la passe de l’Ermitage. Temps chaud et sec sur la côte ouest de l’île. Drapeau vert. Vacanciers se bronzant. La lumière éclairant le rire des filles. Qu’y avait-il à craindre ? Absolument rien. Personne n’avait vu, ni même cru voir que quelque chose rôdait sous l’eau, aux aguets.
     Le sable à l’infini, blanc.
     La mer bleue, séduisante — affamée ?

     Deux mois après : 18 décembre 2011 ; et, ici, la même tension palpable.
Ce matin-là, le soleil frôla le toit de tôle rouge de la villa posée au milieu d’un grand jardin, avec une allée de cocotiers, d’autres arbres, une balançoire, un banc, puis la lumière descendit vers la chambre du premier étage où la femme blessée, meurtrie, mortifiée, regardait par la fenêtre, et cette douleur que les mères ne ressentent que dans la perte d’un enfant, c’était ce besoin de maudire. Un des signes de l’orgueil ? Non, s’indigna-t-elle. Mille fois non. Plutôt le sentiment d’avoir été le jouet du sort, si aveugle quelquefois, quand les vagues déferlent sur ce que vous avez de plus cher au monde, plongent votre vie dans les ténèbres, avant de repartir vers le large, vous y portez les yeux, vous qui êtes là, debout sur la plage, dominé, malmené, désarçonné par un flux et reflux d’incertitudes.
     Maintes fois, elle avait pensé demander à un menuisier de condamner la fenêtre de sa chambre, oui, mais il aurait fallu murer également toutes les portes avec des briques, se murer dans sa souffrance jour et nuit, et comment dire ensuite d’un ton détaché et ferme et convaincant qu’elle avait choisi de vivre avec la mort ? Et qui, dans le matin livide, la croirait sur parole ?
     Refus de pardonner à la mer, donc.


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couv_eaux_troublesJean-François Samlong, ambassadeur de la littérature réunionnaise

Nous avons franchi le pas, après quelques marches irrégulières soumises à l’usure du temps, et nous pénétrons dans la fraîcheur climatisée de cet imposant bâtiment patrimonial qu’est la médiathèque Barquisseau. Dehors, une chape de chaleur torride poudroie aux épaules des promeneurs.

Samedi 15 mars 2014. 14h30. Dans quelques minutes, Jean-François Samlong, auteur « péi » dont le talent a « désauté la mer » jusque dans les bureaux parisiens des éditions Gallimard, montera sur cette petite scène moquettée d’anthracite et bordée de cloisons noires. Les rideaux d’un prune éteint forment une fenêtre bien ouverte sur l’Art. Une table a été installée, un tissu jaune pâle tiré au cordeau la recouvre, avec, en ornement, sur un tiers de la surface du meuble, le drapé parme d’une autre texture, couleurs complémentaires, harmonie, l’écrivain francophone et poète créole se définit déjà : entre soleil ardent et flot iridescent, entre vie et mort, le titre de son dernier roman s’écrit là, juste devant nous ; l’île de La Réunion, le deuil, « tristes tropiques » ou tropiques d’inconsolable tristesse, nous sommes, nous, les habitants d’un sol métissé, conviés aussi à nager « En Eaux troubles ».

Madame Linda Koo Seen Lin préside ce moment de présentation d’un livre en dédicace, en promotion. Hommage à l’art du romancier mais également le dit de cet éventail d’inspiration qui lui fait aborder le fait divers ou fictionnaliser l’Histoire, quotidien tragique ou tragédie inhumaine, psychose du squale mangeur d’hommes ou terreur de la magie meurtrière d’un trio d’assassins qui boivent le « siro le mor ». Evocation d’une écriture contrastée qui nous hante de rouge Sitarane avec « Une Guillotine dans un train de nuit » ou qui nous éblouit de bleu marin dans « En Eaux troubles ».

Un mince sourire aux lèvres, Jean-François Samlong écoute, sobre, les yeux protégés de lunettes aux verres fumés. Son entrée a été simple, presque discrète ; tout à coup, il a été devant nous, assis à cette table bicolore, et on n’a d’yeux que pour lui, car le silence de l’écoute est une efficace captation des attentions. Les orchidées plantées dans un morceau de bois flotté semblent avoir disparu. On part à la découverte d’un écrivain, d’un maître de la parole et de l’imaginaire, on découvre l’homme.

Et sa voix s’élève. Pas de notes. Une éloquence fluide qui nous enveloppe d’authenticité. Pas d’effets. Juste de l’aisance à parler, le plaisir des mots, du terme exact. Et notre esprit se tend vers lui, il se forge une entente, une communication qui va au-delà de la sympathie.

L’émotion est là lorsque Jean-François Samlong revient sur son passé d’enfant abandonné, élevé par une grand-mère aimante qui l’emmène avec elle à la rivière pour faire la lessive ; elle est un regard, une silhouette tutélaire, une omniprésence rassurante qui se passe de mots. Et écrire « L’Empreinte  française » a été l’occasion d’un hymne à cet être d’amour : et ses mots à lui qui disent ce qui ne se prononçait pas, sont résurrection d’une impalpable protection, hors du temps. Ils permettent une fusion des moments de cette époque-là, ressurgie de l’enfance démunie. Il a accompli le titanesque parcours qui conduit vers le savoir, l’imprégnation d’une culture autre, l’appropriation de concepts étrangers à son vécu, parcours obligé, semé d’efforts, qui devient une voie royale vers le dépassement, le choix et une liberté bien à soi.

Ainsi est-il devenu écrivain, lui qui n’avait pas de culture en héritage, juste la confiance que lui a donnée cette grand-maman tant aimée.

Pourtant les mots sont un piège, ils résistent : entre dix et quinze heures pour, non pas raconter, non pas seulement mettre en scène, mais « écrire », terme clé, bien au-dessus de tout récit : un jaillissement hors du « fénoir » des schémas préconçus, de l’actuel, du banal. Ecrire, dit-il, ou plutôt « s’écrire ». Ou plutôt, « pousser son propre cri ». Cela relève d’une exigence esthétique, l’écrivain veut aller vers le beau (ce « rêve de pierre »), son idée du beau, et il construit de la vie, il crée des fragments de vérité, des formes de vécu ; il est un bâtisseur, un démiurge.

Jean-François Samlong montre un grand respect du lecteur qu’il faut surprendre, à la manière de John Irving. Le livre, qu’on soumet à la lecture d’inconnus, pose la question non pas de la sincérité mais de ce qui pourrait être une tricherie, un trucage du réel. Lorsqu’il a composé le personnage de Madou, protagoniste du roman « En Eaux troubles », la réalité des accidents de surfeurs attaqués par des requins rattrapait sa créativité, l’actualité le talonnait, c’était une lutte contre le temps de l’événement et une course à la nécessité de faire des choix pour que le personnage existe sans que le texte ne tourne au documentaire. Il s’est donc immergé dans le reportage et les commentaires journalistiques, pour faire remonter sous sa plume un être perçu de l’intérieur, dans tout son ressenti de mère amputée de l’amour et de la présence de son fils. Dans ce dernier roman, il est narrateur omniscient ; il crée un psycho-récit où s’expriment avec acuité le vécu et toutes les nuances de la douleur et du chagrin.

Le corps de Bruno, dont l’être est magnifié dans le souvenir doré de sa jeunesse dévorée, n’ayant pu être retrouvé, Madou s’enferme dans le déni, dans une attente acharnée de ce fils mythifié. Elle vient scruter la mer, dans l’espoir, renouvelé comme une vague, qu’il en revienne vainqueur, beau, intact et que tout cela ne soit pas. Car cela ne peut pas être. Mais l’horreur s’impose, patente, bientôt prouvée.

L’écrivain projette sa propre vision du deuil, en fusion avec cet être de papier qu’il investit de lui-même. « Madame Bovary, c’est moi », affirmait Flaubert. Il en va ainsi : une relation de proximité, de superposition même, comme un dialogue implicite qui submerge l’écriture ; et la conclusion reste ouverte, tel un lendemain que s’approprie chaque lecteur renvoyé à son vécu antérieur, à sa liberté ; car la lecture est une prise de possession, une intrusion dans l’univers d’un auteur, elle en devient la réécriture.

Or certains ne lisent que pour l’histoire qu’on leur raconte, cherchent à s’identifier au personnage, s’autorisent à le juger, à en critiquer le comportement. Degré infime de la lecture. Madou n’est pas une femme qui pleure, son deuil est impossible puisqu’elle attend de la mer qu’elle lui rende le temps d’avant, celui du bonheur perdu, âge d’or de son existence.

La lecture est « poiésis », elle est action. Et en interaction avec l’écriture. On ne peut être écrivain sans être un grand lecteur : lire les œuvres des autres nous ouvre à des techniques narratives, des procédés d’élaboration, des approches du dialogue, des analyses approfondies, et même des affinités électives, tout un univers de mots qui devient le lit, le moteur, le tremplin d’une création propre. Il n’est pas d’auteur qui ne respire de références personnelles et de cette innutrition.

Pour Jean-François Samlong, le maître de son monde d’apprenant en terre étrangère, le mentor de l’autodidacte qu’il fut, celui qui a bouleversé son imaginaire, construit en lui une langue nouvelle, un monde parallèle de mots ineffaçables, est Victor Hugo, avec « L’Homme qui rit ». Vaste univers romanesque qui dit, avec les termes les plus justes et selon des phrases rythmées par une profonde connaissance de la vie, la blessure, la « fêlure originelle » de l’exclu. « On se lit soi-même dans l’écrit de l’autre », dit-il. Il évoquera pareillement Marguerite Duras comme l’un des plus grands romanciers du XXème siècle, citera également Marie Ndiaye et la littérature indienne actuelle.

Le roman « En Eaux troubles » est d’une grande poésie. C’est la plainte d’une mère blessée jusqu’au tréfonds d’elle-même, défaite par la mort, « désexistante », rivée à un présent sans devenir. Un langage très pur, comme un chant lamenté à la mer rivale, sous-tend une émotion à fleur d’être.

Cette riche après-midi, en plongée dans la création littéraire de Jean-François Samlong, s’achève. L’écrivain se prête à la dédicace de son dernier ouvrage. Il prend son temps, on l’entoure, la communication est aisée, un homme chaleureux s’adresse à nous et on s’attarde.

Comment ne pas regretter une salle plus pleine ? Faut-il donc être étranger, américain de surcroît, pour faire naître la curiosité ? Faut-il toujours aller chercher plus loin une prétendue qualité artistique, alors que le talent est là, effervescent, tout près de nous, pauvres aveugles que nous sommes, dans notre île si réactive, qui sublime son passé en « douleur créatrice » ?

Dehors, la chaleur nous prend à la gorge ; le va-et-vient consumériste n’a pas faibli, et les promeneurs longent indifférents les murs de la médiathèque.

Dehors, nul embrun ne souffle de la mer le sel odorant d’un roman à découvrir. La vie est étale. Mais résonneront en nous les échos d’une riche après-midi de mars, à l’écume tenace de quelques heures arrachées à l’ordinaire et à la banalité.

Halima Grimal, écrivain


couv_eaux_troublesJean-François SAMLONG : une figure emblématique de la littérature réunionnaise

 

J’aurai pu commencer une introduction à Jean-François SAMLONG en m’inspirant des Américains puisque sa venue, ici, succède à celle de Douglas KENNEDY l’autre soir, il y a un peu moins de monde et cela confirme la validité du proverbe : « Nul n’est prophète dans son pays. » Mais passons, bien que… j’y reviendrai.

Oui j’aurai pu y aller de mon propos comparant notre petit pays au géant américain en remarquant que les Américains ont souvent été obligés d’utiliser leur 2ème prénom, voire de s’en inventer un en initiale pour conférer à leur nom ce petit plus qui « en impose ». Je vous citerai George W. Bush ou John F. Kennedy. JFSL n’aurait pas eu besoin de cet artifice avec un nom comme le sien. Mais je ne veux pas être triviale, car l’heure est sérieuse, grave même…

Nous le recevons aujourd’hui à Saint-Pierre, et nous sommes immensément fiers qu’il soit là, une figure emblématique de la littérature réunionnaise.

Patiemment depuis plus de 30 ans, depuis 1982, année où il remporta avec TERRE ARRACHEE, son premier prix (le Prix de Madagascar), il explore les sentiers de notre histoire, d’ailleurs TERRE ARRACHEE raconte l’adaptation dans l’île de travailleurs malgaches. L’esclavage et le marronnage dans le NEGRE BLANC DE BEL AIR et dans un autre livre publié en 1987, POUR LES BRAVOS DE L’EMPIRE, c’est la période de la seconde guerre mondiale et le pouvoir vichyste qui sévit.

De La Réunion, il en a visité les personnages, Madame DESBASSYNS, SITARANE, KALLA étend son manteau dans DANSE SUR UN VOLCAN.

Il inspecte les éléments, cyclone – LA NUIT CYCLONE, volcan, mer et les requins maintenant avec ce livre dernier-né : EN EAUX TROUBLES.

Rien n’échappe à son regard, je dirai à sa « scrutation » si je ne craignais d’offenser avec ce néologisme. Il s’est retourné sur son passé, il est revenu aux sources de son enfance et de son adolescence. Dans l’EMPREINTE FRANCAISE, il nous livre un récit plein de tendresse et de clés dans une société qui a encore le respect de valeurs. C’est un très beau livre, un récit d’enfance et d’initiation. Je vous signale aussi que la boutique « chinois » qui figure sur la couverture est une boutique de Saint-Pierre, qui se situait à l’angle de la rue des Bons Enfants et Victor le Vigoureux à 50 mètres de là. Elle a été hélas démolie, dans la petite taverne qui jouxtait la boutique, la décoration était surréaliste, des seins de femmes au plafond... Mais ceci est une autre histoire.

La société réunionnaise dépeinte par JFSL est une société qui certes se débat dans des difficultés, fait face à des monstres extérieurs, qu’ils soient produits par les éléments climatiques, telluriques ou même par l’homme. La caractéristique c’est qu’il vient d’ailleurs, esclavage, pouvoir vichyste. L’homme chez JFSL est un être qui n’est jamais foncièrement mauvais, même SITARANE échappe au tout mauvais.

Nous sommes loin de la littérature mauricienne où la violence infuse, irrigue et recouvre chaque centimètre carré de littérature, violence sourde quelquefois, tapie dans chaque geste et dans chaque situation, abominable, injuste et à l’encontre de tous les personnages de la littérature actuelle.

Pourquoi la littérature réunionnaise est-elle si différente de la littérature mauricienne ? Sachant que la littérature est le reflet de la société, est-ce une différence sociétale ? Voilà une question sur laquelle je voudrais que JFSL nous donne son sentiment.

D’autre part, JFSL aborde depuis SITARANE autant le fait divers que le récit de la grande histoire. Comment a-t-il abordé la crise requin pour en créer une fiction sans être piégé par le documentaire ou le reportage (ce qui aurait pu être un piège).JFSL « fictionnalise » aussi la Grande Histoire – la période de la seconde guerre mondiale, l’esclavage mais ceux-ci font partie de l’imaginaire collectif. Comment l’auteur s’approprie-t-il les faits ? Mélange de vérités et d’invention, quelle alchimie ?

Quelle différence ou y a-t-il une différence de traitement des thèmes ?

Finalement, j’aimerais entendre JFSL nous parler de ses affinités littéraires. Des littératures qui l’ont inspiré, des ouvrages qui l’ont nourri.

Nous avons tant et tant de choses à entendre de vous que je vais briser là et vous écouter.

 

Linda Koo-Seen-Lin, Directrice de la Médiathèque de Saint-Pierre

PS : Tu sais qu'on continue à parler de cette après-midi de samedi, une lectrice me disait hier combien elle avait apprécié la rencontre, le livre de toi qu'elle avait préféré est " L'arbre de violence", elle avait aimé ce roman âpre qu'elle avait découvert, alors qu'elle venait d'arriver à La Réunion, elle avait aussi assisté à un rencontre magique autour de la créolie entre toi, Mgr Aubry et Eric Boyer, la poésie lui était apparue dans toute sa beauté et elle en avait gardé un souvenir enchanteur. C'est extraordinaire de faire tant de bien aux "gens".


couv_eaux_troubles Jean-François Samlong à la médiathèque de St-Pierre

La médiathèque de Saint-Pierre et toute son équipe ont reçu Jean-François Samlong pour une conférence-débat à l’occasion de la parution de son dernier roman En eaux troubles (Gallimard-2014) qui traite d’un fait divers : un jeune surfer de 20 ans avalé par la mer…

Le jeu de questions-réponses, après une présentation de l’écrivain par la directrice de la médiathèque, a permis à Jean-François Samlong d’aller à la rencontre de ses lecteurs attentifs, patients, passionnés. L’écrivain a eu également l’occasion de revenir sur plusieurs de ses ouvrages dont Madame Desbassayns (1985), La nuit cyclone (1992) et surtout L’empreinte Française (2005), son unique roman autobiographique. Des échanges jalonnés d’anecdotes, de clins d’œil et de remarques pertinentes. La rencontre s’est terminée par une séance de dédicace proposée par la librairie Autrement. Cet échange se situe dans le cadre de rencontres mensuelles proposées par la médiathèque de Saint-Pierre, et la romancière Bernadette Thomas sera la prochaine invitée.


Sandra Emma

 

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couv_eaux_troubles JEAN-FRANCOIS SAMLONG RACONTE LA PSYCHOSE DU REQUIN…

Après le succès d’Une guillotine dans un train de nuit (2013), Jean-François Samlong vient de faire paraître En eaux troubles, chez les éditions Gallimard, dans la collection « Continents Noirs » dirigée par Jean-Noël Schifano. Un nouvel ouvrage qui ne traite pas de l’histoire de La Réunion, mais de la psychose du requin qui s’est emparée de l’île durant plus de deux ans, de février 2011 à octobre 2013, avec la mort tragique de la jeune Sarah dans la baie de Saint-Paul…

Question : Peut-on dire que la trame de votre nouveau roman est fondée sur un fait divers ?

Réponse : Absolument. J’ai voulu, pour une fois, collé à la réalité avec tous ses drames et ses questionnements autour de l’attaque des requins durant une période précise, notamment sur la côte sud-ouest de l’île, ce qui a créé une « psychose du requin » qui n’est pas terminée, bien entendu. Ce qui m’a surpris, c’est qu’on a posé le requin comme étant l’ennemi héréditaire de l’homme, oubliant ainsi que le requin vit dans son élément, la mer, et qu’il ne peut vivre nulle part ailleurs ; soit on apprend à mieux le connaître et à vivre avec lui, soit on travaille à sa disparition en continuant à le chasser. Or, nous le savons, sans les requins, la mer ne serait plus qu’une vaste étendue d’eau livrée aux méduses. Cela dit, l’attaque des requins n’a été pour moi qu’un prétexte pour mettre en scène une tragédie humaine avec ses cris de haine et d’amour, ses rebondissements, ses trahisons, et peut-être aussi, quelque part, un désir de vengeance.

Question : Vous débutez votre roman par cette phrase : « La mer avait avalé son fils », un peu comme si vous n’osiez pas, justement, affronter la réalité.

Réponse : En fait, c’est la mère de quarante ans qui n’ose pas croire qu’elle a perdu son fils de vingt ans, suite à l’attaque d’un requin-tigre, au large de la passe de l’Ermitage. Elle refuse cette dure réalité parce qu’on n’a pas retrouvé le corps de son fils, mais qu’une moitié de la planche de surf cisaillée par une double rangée de dents. De l’impossibilité de faire son deuil naîtra un espoir un peu fou de retrouver son fils vivant, mais au fil des jours, par la force des choses, cet espoir s’amenuise, devient de plus en plus ténu, puis disparaît. Alors se pose la question : comment vivre ou survivre avec le souvenir de l’être aimé ?

Question : Alors, comment fait-elle, cette mère, pour vaincre sa souffrance ?

Réponse : C’est la partie du roman qui m’intéresse le plus dans la mesure où elle va plonger dans son passé pour essayer de répondre à cette autre question : Pourquoi moi ? C’est-à-dire, qu’a-t-elle fait pour s’attirer une telle épreuve ? Il y a derrière ce questionnement un sentiment de culpabilité, et elle-même, dans une sorte d’introspection nourrie par la douleur va tenter de mettre un nom sur le vrai coupable, sur celui qui est à l’origine de ses malheurs, en espérant connaître l’apaisement (à défaut de la paix de l’esprit) au bout d’une quête impossible.

Question : Est-ce le mot de la fin ?

Réponse : Non. Surtout pas. Je ne brusque pas la conclusion. Il appartiendra à chaque lecteur de choisir le dénouement de cette tragédie, et son choix, bien sûr, ne le renverra pas au roman, mais à lui-même, à sa propre histoire.

Question : Et l’aventure de l’écriture, où se situe-t-elle ?

Réponse : J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce roman parce que je n’avais pratiquement aucun recul par rapport à la réalité. Et comme j’écris lentement, il me faut dix à quinze heures pour écrire et récrire une page, très souvent la réalité dépassait la fiction, je me disais alors quelle étrange sensation lorsque l’histoire en marche va plus vite que l’histoire racontée, sensation que je n’avais pas connue auparavant avec mes précédents ouvrages, ce qui prouve bien deux choses importantes : tout d’abord, dans l’écriture d’un roman, l’histoire n’est qu’un prétexte, un merveilleux prétexte pour s’ouvrir sur l’imaginaire ; ensuite, l’exigence de l’écriture (la littérature est une mise en scène savante de certaines des propriétés du langage) rejoint l’exigence de l’écrivain qui s’adresse à des lecteurs d’ici et d’ailleurs, et plus il écrit pour le lecteur, plus il conquiert sa liberté, surtout s’il ne raconte pas tout, s’il pratique l’art du raccourci et du sous-entendu.

Propos recueillis par Alain Junot,Journal de l’île de La Réunion en date du 10 mars 2014



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EN EAUX TROUBLES AVEC J.F. SAMLONG…

Les lecteurs ont pu rencontrer l’écrivain Jean-François Samlong lors de la dédicace de son dernier roman : En eaux troubles (éditions Gallimard, collection Continents Noirs), le samedi 8 mars à la librairie Gérard. Quelques écrivains et poètes réunionnais de renom étaient présents : Céline Huet, Catherine Pinaly, Catherine Brai, Laura Bassetti, Patrice Treuthardt, Monique Séverin…

Ce nouveau roman a été accueilli avec enthousiasme par des fans de la première heure qui apprécient les écrits de l’auteur : « Car Bruno savait rire avec moi. Avec son sourire, ses airs tendres, ses phrases affectueuses qui plaisaient tant à sa petite sœur Laura, la joie de vivre roulait en lui ses vagues nonchalantes. Non, il ne savait pas crier. Il ne criait jamais. Ou alors, s’il avait crié ce jour-là, face aux requins, son cri ne fut qu’un murmure qu’aucun être humain ne put entendre. »

Bien évidemment, il n’est aucun danger à nager en eaux troubles avec lui, que le plaisir de lire. 

Sandra Emma

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LA LITTÉRATURE RÉUNIONNAISE MÉRITE-T-ELLE D’ÊTRE CONNUE ?

Alain Junot : Peux-tu me donner ta définition du roman réunionnais ? Suffit-il qu’une œuvre soit écrite par un natif de l’île, suffit-il qu’elle concerne l’île par ses contenus ? Comme tu le soulignes dans l'anthologie rédigée par tes soins, reprenant les propos de Daniel-Rolland Roche.

Réponse de Jean-François Samlong : La question est délicate, car soit on a un point de vue réducteur (le roman réunionnais est un roman écrit par un natif de l'île) : Eugène Dayot est un romancier réunionnais ; Louis Timagène Houat ne l'est pas ; ou alors on a ce qu'on appelle un point de vue très large, et à ce moment-là toute personne qui a écrit un roman sur La Réunion est un romancier réunionnais. Les deux points de vue ne satisfont pas notre intelligence. Et pourtant, si je vais m'installer à la Guadeloupe (comme la Réunionnaise Michèle Cazanove), il ne me viendrait pas à l'esprit de dire que je suis un romancier guadeloupéen, ni même antillais.
Par ailleurs, un écrivain réunionnais n'a pas à écrire forcément sur l'île ; dans le même ordre d'idée, un écrivain installé à La Réunion qui n'écrit pas sur l'île, peut-il être considéré comme un écrivain réunionnais ? Mohammed Aïssaoui, qui a écrit un livre sur l'esclave Furcy, se considère-t-il comme un écrivain réunionnais ? Je crois qu'il faut poser la question à l'écrivain : s'il se considère comme un écrivain réunionnais, on l'adopte ; sinon on peut parler d'un "auteur réunionnais de cœur", avec l'accord de l'intéressé. A un moment donné, on s'est posé la question : Jean Lods est-il un romancier réunionnais ? On voit là toute l'absurdité de la question. Si quelqu'un me dit : "Je suis un écrivain réunionnais", quel que soit son pays d'origine, je lui dis, très bien, faisons avancer ensemble la littérature réunionnaise vers les plus hauts sommets ; si une telle ambition ne le passionne pas, chacun poursuit sa route, sans que je lui conteste la définition de "romancier réunionnais". De quel droit le ferai-je ? On peut soumettre à la réflexion cette idée : est écrivain réunionnais celui qui, non natif de l'île, écrit sur l'île tout en se préoccupant de l'avenir de la littérature réunionnaise. On reviendrait, en fait, à "une écriture engagée" ou à "un écrivain engagé" pour une cause, dans une conception positive et tolérante. Cette idée me plaît assez : revigorante, et pleine de délicatesse.

Alain Junot : Pourquoi la littérature réunionnaise est-elle si peu connue, y compris de son propre lectorat ?

Jean-François Samlong : Que fait-on pour que la littérature réunionnaise soit connue ? Désire-t-on qu'elle soit connue ? Mérite-t-elle d'être connue ? Et connue par qui ? Par les Réunionnais ou par le grand public en général ? Je crois qu'il serait judicieux de répondre d'abord à toutes ces questions. Et donc la tâche n'est pas simple. Il y a les gros efforts financiers consentis par les Collectivités locales qui ont mis en place une politique du livre, et j'attends la mise en place du "pôle littérature" annoncé par le Conseil Régional. Et puis je crois que les responsables des médiathèques et des bibliothèques font tout ce qu'ils peuvent pour que notre littérature soit connue, tout au moins la littérature jeunesse qui a explosé durant ces dernières années. En ce qui concerne le roman adulte, par contre, il y a tout un travail de sensibilisation à faire.
Dans le cadre du 5ème Salon du Livre de Jeunesse de l'océan Indien, j'ai posé la question à une responsable de médiathèque, et elle m'a répondu que c'est plus facile avec la littérature jeunesse car il y a un public scolaire acquis. Ce qui reviendrait à dire que pour le roman adulte, le lectorat ferait défaut. On m'a dit aussi que si on a créé le "Grand Prix du Roman Métis" (en attribuant les deux premiers prix à des romanciers non réunionnais), c'est pour attirer les projecteurs sur la littérature réunionnaise. Ce point de vue mérite discussion, bien entendu, car cela voudrait dire que la littérature réunionnaise est incapable de se fonder sur ses qualités propres pour se faire connaître dans l'île et hors de l'île. Ce qui n'est pas faux en soi. "Il faut s'appuyer sur la force des grands écrivains étrangers pour être dans la lumière", m'a-t-on dit. Je comprends qu'on puisse adopter une telle démarche. Personnellement,  ma démarche consiste à m'appuyer d'abord sur mes propres forces, à frapper à la porte des maisons d'édition parisiennes (j'ai envoyé mes manuscrits aux éditions Grasset et Gallimard par la poste), et ensuite, pourquoi pas, compter sur l'efficacité de mon directeur littéraire et de mon attaché de presse, passer par le réseau du " Grand Prix du Roman Métis", par le réseau des médias, par le réseau des salons du livre, que ce soit ici, à Paris ou à Brives. Le lectorat existe : il faut aller le chercher avec une belle œuvre. Il y a l'adage qui dit que pour être connu, il faut passer par Paris. Mais mille et un romanciers se bousculent à Paris dans les salons de thé, et du coup ils sont tous intéressés par "le Grand Prix du Roman Métis" et le chèque de 5000 euros. Il faut savoir que de nombreux prix, et il faut défendre son roman bec et ongles pour en avoir un à Paris, n'offre pas une si belle somme aux lauréats. Mais pourquoi vouloir à tout prix avoir un prix littéraire ? On revient à notre question : pour élargir son lectorat. C'est une quête permanente mais non désespérée. C'est gagné si vous parvenez à répondre aux trois critères de la réussite : du travail, du talent, de la chance. A chacun de s'interroger : que manque-t-il aujourd'hui à la littérature réunionnaise pour qu'elle soit connue et reconnue ?

Alain Junot : "La littérature réunionnaise n’accuse pas un retard dans l’écriture, mais davantage dans la maîtrise d’un art qui demeure des plus difficiles," écris-tu dans l'anthologie. Peux-tu expliciter ce propos s'il te plaît ?

Jean-François Samlong : Je corrige ce que j'ai écrit dans l'anthologie en 1991, avec trop d'optimisme : la littérature réunionnaise, plus particulièrement le roman réunionnais, accuse aujourd'hui un retard autant dans l'écriture que dans la maîtrise d'un art qui demeure des plus difficiles. On est toujours dans l'écriture d'une aventure ; il serait temps qu'on s'intéresse à l'aventure d'une écriture. Il ne manque pas grand chose à certains romanciers que je connais pour passer le cap, juste une prise de conscience doublée de la volonté de réussir, coûte que coûte.

Réactions

Reçu le 17/12/12 :

Bonsoir M. Samlong,
Je suis un étudiant universitaire italien (Région : Sicile), j'étudie Langues et Cultures Européennes et je terminerai mes études à la fin de l'année prochaine.
A la fin du Master je dois rédiger un mémoire concernant une discipline ou un sujet à mon choix. Moi, j'ai étudié français, anglais et espagnol mais je veux rédiger un mémoire concernant la littérature réunionnaise et en particulier je serais intéressé à l'analyse de votre production et surtout des romans d'où on peut extraire le sentiment de l'identité réunionnaise et le rapport avec la culture française. J'ai acheté L'empreinte française et je le trouve vraiment  intéressant, je me suis renseigné sur les autres œuvres que vous avez écrites.
Parmi ces dernières, lesquelles vous me conseillerez de lire pour faire une analyse de l'identité réunionnaise et des caractères propres de cette littérature qui me fascine? Je voudrais en outre savoir, s'il est possible, si vous avez écrit d'autres essais (qui ne sont pas cités dans votre site Internet) auxquels je pourrais être intéressé pour ma recherche.
En attendant votre réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
Merci d'avance
Cordialement
Aldo Licitra

Lu le 07/12/ 2012 :

« On peut à cet égard comprendre la boutade du Togolais Kossi Efoui, selon lesquel il n’existe pas d’écrivain africain. On est écrivain tout court ou l’on n’est pas. Une décennie avant, avec encore plus d’impudence, le Zimbabwéen Marécéra, mort jeune, disait la même chose (Note de l’auteur : « I am not a African writer, I am a writer or fuck you ! »).
Car, même s’il aime, même s’il chante sa terre natale, même s’il se sent charnellement lié à elle, même s’il a à cœur d’assumer son appartenance à une communauté, l’écrivain n’en est jamais le propagandiste, le douanier ou le policier des frontières.
Peu importe qu’un écrivain congolais rêve en lingala, en kikongo, en français ou en anglais, pourvu qu’il sache exprimer son rêve et qu’il sache émouvoir. »
Henri Lopes, Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les Gaulois, Paris, éd. Gallimard, 2009, p. 92-93).

Reçu le 02/12/ 2012 :

Je reviens sur la "Littérature Réunionnaise". Tu sais maintenant que je ne regarde jamais la couleur, le lieu de naissance, etc. d'un auteur. Je lui demande de me faire rêver, découvrir, apprendre, bref, qu'il ait une bonne littérature ! Si tu n'avais pas tout cela, je ne serai pas en train de t'écrire, je pense, mais heureusement tu es largement pourvu de toutes les qualités d'un bon auteur !
Etre écrivain Réunionnais ou pas, est-ce si important quand on fait comme toi de la bonne littérature ?  Pour autant, il est nécessaire que l'on accole à ton nom le titre de Réunionnais. Le Ministère de l'Outre-mer situé sur le sol métropolitain, en invitant tel ou tel écrivain au salon du livre de Paris qui se déroule en métropole, a deux objectifs :
1) L'équité entres les divers territoires ultramarins en les nommant tout en les situant.
2) Il a, selon moi, un devoir de reconnaissance vis-à-vis de vous car, nous les métros, avons trop longtemps dédaigné, voire ignoré ces territoires et leurs peuples (sauf en temps de guerre).
Une infime partie des métros connaît les écrivains ultramarins. Il est donc urgent de combler cette méconnaissance en accolant à leur nom, leur région ultramarine.
Personnellement, je me sens l'âme Réunionnaise tant j'aime cet endroit et ce, même si je n'y suis pas née ! Le Clézio aussi d'ailleurs. Il a avoué haut et fort, dans une émission, son amour pour les îles de chez nous, et il a mille fois raison !
Bon dimanche
Bisou
Michelle

( 4 Votes )

Couverture_guillotine_gallimardUne guillotine dans un train de nuit (Gallimard - 2012)

 

«L’adjoint Choppy se souvint d’Ernestine Généreuse qui lui avait confié que Sitarane, disposant d’une force surnaturelle chez les morts, se métamorphoserait en rapace, vipère, limace, glouglou, et qu’il deviendrait une ‘mort-ombre’ pour punir ses ennemis. D’un côté, il y aurait ceux qui useraient de tabous pour être dans les bonnes grâce de l’Ombre; de l’autre, ceux qui manipuleraient des talismans pour se protéger d’Elle, et les femmes vivraient dans la peur d’être fécondées par cet esprit maléfique qui frapperait comme il avait frappé de son vivant. On ne parlerait plus que du châtiment de l’Ombre, car quelque lien qui eût pu unir Sitarane à l’humain, il l’avait rompu pour toujours.»


Dans ce roman plein de frissons et de fureur qui fait revivre, en un fort suspens historique, un personnage réel et diabolique, l’auteur interroge la violence qui n’a cessé de traverser l’histoire de son île, et il nous raconte, avec son écriture riche, charnue, les crimes commis par Sitarane et sa bande de buveurs de sang dans le sud de La Réunion, durant les années 1909-1910. Vols, meurtres, nécrophilie conduiront les malfaiteurs devant les tribunaux. Certains sauveront leur tête et tomberont dans l’oubli. Attelé à la mort par la Cour d’Assises, ressuscité par la Cour des miracles, Sitarane sera élevé au rang des dieux immortels, et aujourd’hui encore ses adeptes se prosternent la nuit sur sa tombe.

 

Date de Parution: 27 septembre 2012

Nombre de pages: 304

Prix: 19.50 Euros

 

 

Réactions

Reçu le 25/07/13:

Bonjour, Jean-François. Un petit mot pour te dire que je viens de terminer Une Guillotine... et que j’ai trouvé le livre passionnant. Parfaitement construit, très bien narré, très bien écrit (la langue est un plaisir) et bien sûr, pour moi qui ne connaissais pas l’histoire, passionnant. M’intéresse particulièrement la découverte de la société réunionnaise, que je ne connais pas du tout... et dont je vois très bien à la lecture de ton livre que la même histoire produit les mêmes effets. J’ai apprécié le chapitre 7 qui pourrait avoir été écrit en Guyane sur notre héros (??) national, un assassin-violeur (D’Chimbo) du genre de Sitarane et voué à la même vénération encore aujourd’hui, et de la part de nos intellectuels, qui plus est, à tel point qu’une de mes consœurs, Françoise Loe-Mie vient encore de publier un roman autour de lui. J’aime beaucoup les derniers chapitres de ton livre mais bien sûr mon plaisir serait encore accru si j’étais moi-même réunionnais. Il me manque trop de choses...  En tout cas, c’est une de mes meilleures lectures de cette année. Pour cela merci. Je peux maintenant prendre un peu de vacances. J’espère que tu en feras autant.

Cordialement, André Paradis

Reçu le 11/07/13:

Bonjour, Jean-François !

Je viens de prendre connaissance du message de Silvia Baage. Je confirme que c'est bien le livre VII de Platon qui fait référence à la grotte. Je viens d'ailleurs de relire ce passage. C'est effectivement très troublant de constater combien le rapprochement, entre ton roman et ce passage, est significatif ! Magnifié, avec tes mots à toi et la pesanteur de l'histoire de Sitarane, cette grotte de la Réunion prend soudain une dimension phénoménale.

Michelle

Reçu le 23/06/13:

Mes notes de lecture nocturnes, elles sont loin d'être aussi poétiques que celles des gens qui voyageaient en train au moment de lire le roman ! Pourtant, le rapprochement entre la grotte et le souterrain m'intéresse beaucoup et j'ai envie de relire un extrait de La République de Platon (VII, je crois) lorsqu'il parle de la caverne... mais je peux me tromper, évidemment, mais à part les documents historiques, il y a un métalangage sur l'île qui est très présent tout au long du roman. D’ailleurs, votre nouvelle dans Partir sans passeport — très intéressante, surtout en rapport avec mon travail de thèse sur le concept de l’île…

Silvia


Reçu le 22/06/13:

Une guillotine dans un train de nuit - quel parcours !  J’ai beaucoup apprécié la mise en scène de toutes ces voix, le mélange de tonalités et les différentes focalisations.  J’ai été particulièrement sensible aux scènes qui se déroulent à l’intérieur et à l’extérieur de la grotte, elles sont magnifiques : les illusions de Sitarane qui veut creuser un tunnel vers la mer (et ainsi inonder la grotte voire l’île ?), l’obéissance de la chienne et son retour héroïque mais tragique du souterrain, les « retrouvailles » de Zabèl et de Sitarane et finalement le berger allemand qui se réveille pour enfin attaquer Sitarane…
Au fait, je comprends mieux toutes les questions au sujet de l’enchevêtrement de faits historiques dans l’intrigue du roman, les atrocités commises de la bande de Sitarane, les enquêtes et le procès. J’y ajouterai la question délicate du souterrain de l’île dans tous les sens du terme. Chapeau !
A bientôt, Silvia

Silvia baage

Silvia Baage en chasseuse d'image à La Réunion

 

Reçu le 19/06/13:

Bonsoir Jean François,
Je profite de l'occasion pour te dire que j'ai apprécié ton dernier texte.
Instructif : il est important de mettre à disposition du grand public des informations sur ce mythe Sitarane. Tu réussis le tour de force de redonner de l'humanité à ce diable d'homme. 
Composition subtile qui accroche et donne envie de tourner les pages.
Belle écriture qui transcende le contenu sordide des faits racontés.
J'ai dit les choses un peu vite mais la parole informative et la parole contée ne sont pas faciles à marier et je trouve que tu as su trouver dans ce texte un bon équilibre. Le chroniqueur aux prises avec les poussières d'archives n'alourdit jamais la plume du romancier dont l'imagination s'enflamme pour mettre en images les scènes qu'il nous donne à voir en 3 D. Bonne idée aussi que cette traversée de la nuit qui se lève sur " un soleil cou coupé " pour parodier le mot Apollinaire.

Daniel Lauret, écrivain


Reçu le 04/06/13:

Je viens de visiter ton site. J'ai découvert avec grand plaisir les nouvelles réactions sur la "Guillotine et son auteur" ! Je note qu'il y a quelques mois, je t'avais moi aussi parlé de la possibilité de faire un film de ton roman. Christian Séranot, à son tour, te soumet cette idée, jusqu'à regretter que tu ne sois pas cinéaste. La lumière l'emporte sur l'ombre ! Oui cet homme confirme avec d'autres mots combien tu as l'art et la manière de faire aimer cette triste histoire de ton île, à tous tes lecteurs, les faisant entrer dans l'ombre avant de mieux voir la lumière avec le mot FIN !
C'est l'apanage des grands écrivains, que tu es !
Eric-Emmanuel SCHMIDT comme réalisateur/ metteur en scène serait formidable. Je t'avoue que j'aime beaucoup cet écrivain. Pourquoi ne pas faire une coécriture ? C'est vrai, j'ai débuté ton roman dans le train qui m'emmenait vers Lorient.
C'est aussi pour cela qu'il a eu chez moi, une résonnance particulière. Je vais même te raconter une anecdote. Nous venions de quitter Paris,  je lisais les premières lignes de ton livre. Imagine, je lis : « Il se peut qu'il y ait un homme, un animal, un arbre pour barrer le passage à ce train de nuit. Ou une panne pour l'arrêter. Et pourquoi pas un déraillement ? » Je lève les yeux. J'entends le bruit de mon train et, alors que je réalise l'étrangeté du moment, mon train ralenti et s'arrête en pleine campagne, donnant ainsi plus de poids à tes premières lignes. Ton train du passé a rejoint mon train du présent ! Il est véritablement entré dans ma mémoire, dans ma vie, par le biais de mes émotions littéraires et réelles ! Comment as-tu pu écrire cela, alors que tu ne connaissais pas cette anecdote ? INCROYABLE !

Michelle Lambert

Reçu le 16/05/13:

Culture : Livres / L’entretien du mois. Rencontre avec…


Jean-François Samlong, un écrivain XXL


Jean-François Samlong a vu le jour à Sainte-Marie, une belle commune de l’île de la Réunion, au cœur de l’Océan Indien. Ancien professeur certifié de Lettres, Docteur ès Lettres, il fut ensuite détaché auprès du Rectorat comme coordonnateur LCR (Langue et Culture Régionales) pour le second degré.
Membre de l’Académie de la Réunion, président de l’UDIR (Union pour la Défense de l’Identité Réunionnaise / www.udir.org) un organisme d’animation littéraire spécialisé dans la formation de conteurs, qui préside également aux activités d’une maison d’édition éponyme, il est l’auteur de nombreux romans, essais et recueils de poèmes.

Depuis plus de trente ans, Jean-François Samlong prend une part active au renouveau de la culture réunionnaise. Poète, romancier, sa première période fut intimiste, animée par une poésie introspective (Valval, 1980 ; Le Cri du lagon, 1981 ; Solèy do fé, 1990).
La deuxième se traduisit par son orientation vers le roman historique afin de se réapproprier certaines pages d’histoire et de légendes, notamment avec Terre arrachée (1982, Prix de Madagascar décerné par l’Association des Écrivains de Langue Française), Madame Desbassayns (1985, Prix des Mascareignes décerné par l’ADELF), Pour les bravos de l’Empire (1987), Zoura, femme Bon Dieu (1988).
La troisième inaugura un cycle plus littéraire, avec un regard sans complaisance porté sur la société réunionnaise contemporaine. Il publie La Nuit cyclone (Grasset, 1992, Prix Charles Brisset), L’Arbre de violence (Grasset, 1994, Prix de la Société des Gens de Lettres, Le Livre de Poche, 1996), Danse sur un volcan (Ibis Rouge Éditions, 2001), Le Nègre blanc de Bel Air (Éd. Le Serpent à Plumes, 2002), L’Empreinte française (Éd. Le Serpent à Plumes, 2005), Une île où séduire Virginie (L’Harmattan, 2007).

Parallèlement, il éprouva le besoin d’analyser le discours poétique et romanesque, et publia De L’Élégie à la Créolie (1989), Le Roman du marronnage (1990), des anthologies, des guides bibliographiques, et la première Anthologie du roman réunionnais (Seghers, 1991). Sa thèse de doctorat dont le thème est annoncé dans le titre : La mort dans le roman réunionnais contemporain (Université de La Réunion, 1994), en témoigne.

Ses essais, Le Défi d’un volcan (Stock, 1993) et La crise de l’outre-mer français (L’Harmattan, 2009) sont le fruit de sa réflexion sur l’évolution de la société réunionnaise désireuse de réussir son intégration à la région indocéanique, à la France et à l’Europe, car estime-t-il : « Si les racines d’un peuple ne se nourrissent pas aux grandes civilisations, elles meurent. »

Soucieux de partager ses valeurs avec le plus grand nombre, une nécessité selon lui, il traduit aussi durant ces années-là, du créole en français, plusieurs ouvrages de l’écrivain Daniel Honoré : Légendes créoles (1997), Le Chemin des frères Ramondé (1999), Légendes chinoises (2000), Contes créoles (2003).

Passeur, conteur, il ne pouvait pas ne pas écrire de livres pour le secteur « jeunesse », d’où la publication de : Kafdor (version créole, éd. Udir, 2003 ; version française, Ibis Rouge Éditions, 2004) ; Zabeth et le monstre de feu (Desnel Jeunesse, 2008 ; illustrations de Raphaëlle Lennoz) ; Noélie et la Croix du sud (Editions Orphie, 2008 ; illustrations de Céline Ménard) ; Noélie et le train tuit-tuit (Editions Orphie, 2010 ; illustrations de Céline Ménard) ; Il était une fois Madame Desbassayns (Editions Jacarandas, 2009) ; Il était une fois Sarda Garriga (Editions Jacarandas, 2009) ; Il était une fois Sitarane (Editions Jacarandas, 2009).

Sitarane, le héros méphistophélique de son dernier roman Une guillotine dans un train de nuit, (304 pages, 19,50 euros) édité en septembre 2012 par les éditions Gallimard, pour lequel nous avons éprouvé un véritable coup de cœur dont nous avons rendu compte il y a quelques semaines.

Cheminer encore en compagnie de Jean-François Samlong nous a paru une évidence, concrétisée par cet entretien qu’il nous a accordé.

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Page 92

Christian Séranot : Pourquoi avoir choisi de raconter l’épopée sanglante, en 1909-1910, à la Réunion, de figures comme celles de Sitarane et des membres de sa bande, qui ont laissé un souvenir si vivace dans l’inconscient collectif réunionnais ?

Jean-François Samlong : Tout d’abord, en tant qu’écrivain, je continue à m’intéresser à toute cette violence qui a marqué (et marque encore) l’histoire de la Réunion depuis le début du peuplement, même si, par certains côtés, l’île demeure aujourd’hui un lieu extraordinaire où il y fait bon vivre. Je pense que cette violence omniprésente, sournoise, haineuse, trouve son origine dans le développement d’une économie fondée, dès le XVIIIe siècle, sur l’esclavage et le racisme. En ce qui concerne Sitarane (il joue un rôle prépondérant dans mon dernier roman), je n’ai pas manqué de m’interroger sur le fait que, plus d’un siècle après les crimes horribles qu’il a commis avec sa bande dans le sud de l’île, non seulement les Réunionnais se souviennent de lui, mais ils lui rendent quotidiennement un culte en allant fleurir sa tombe dans le cimetière marin de Saint-Pierre. En décembre 2012, j’ai assisté, en plein jour, à une danse du sabre et à des sacrifices d’animaux sur sa tombe. Après sa décapitation, sa tête est tombée tel un ex-voto dans le bac de sciure, et on le prie soit pour se protéger de lui, soit pour des actes de sorcellerie dans une île qui aime les croyances, les superstitions et les relations avec le monde des morts et des morts-vivants !

C. S. : Est-ce un projet que vous aviez depuis longtemps ?

J.-F. S. : J’ai laissé le projet mûrir dans ma tête, car le défi à relever consistait à réunir une riche documentation, puis à écrire une histoire que tous les Réunionnais croient connaître, sans soupçonner, la plupart du temps, la barbarie des actes commis par Sitarane, Fontaine et Saint-Ange Gardien. Il me fallait, avant tout, trouver des solutions pour marquer la dimension réflexive et autoréflexive du « je » qui, écrivant, souhaite arracher son texte du passé pour qu’il fasse irruption dans le présent et se projette vers l’avenir. D’où, ici et là, l’intrusion directe de l’auteur dans la narration, par exemple à la page 92.

C. S. : La forme romanesque d’un tel projet d’écriture s’est-elle d’emblée imposée à vous ?

J.-F. S. : Après mûre réflexion, s’est imposée à moi l’idée que je devais refuser absolument le roman linéaire. Pourquoi ? Parce que dans un roman historique on est censé rapporter des faits qui ont réellement existé ; c’est ce que j’ai fait. Mais pour aller au-delà du fait historique, pour que le discours romanesque ait une prise sur le présent, voire sur l’avenir, il était nécessaire de dépasser le langage et de faire appel au métalangage. Le métalangage étant pour moi le lieu où se crée le lien entre le passé, le présent et l’avenir. Et puis, de temps en temps, ce n’est plus ni le narrateur, ni l’auteur qui commentent l’histoire, mais ce qu’on nomme un personnage délégué. Par exemple, c’est le cas du juge Hucher, lorsqu’il reçoit Sitarane dans son bureau. A noter que le personnage délégué est aussi une solution la plus pratique pour camoufler l’idéologie ou les idéologies. Et puis, j’ai pu m’appuyer sur des personnages types : l’adjoint au maire, le gendarme, le juge, la voyante extralucide, le prêtre, le bourreau, le journaliste… Le personnage type du journaliste est intéressant parce qu’on peut retranscrire, dans le discours romanesque, des extraits de ses articles. Et je ne m’en suis pas privé… Bien entendu, il ne faut pas abuser de ces artifices littéraires. Tout est une question de dosage !

C. S. : De quels matériaux disposiez-vous au départ ? Vous a-t-il fallu entreprendre de nombreuses recherches ? S’agit-il d’une biographie romancée, d’un roman biographique, ou d’un roman tout court – un roman global –, dans lequel vous avez pris des libertés avec la réalité historique de ces personnages qui vous ont inspiré, afin de mieux rendre compte de l’époque, précisément ?

J.-F. S. : Tous les matériaux sont disponibles aux archives départementales. D’une part, il faut entreprendre les recherches de façon raisonnée, c’est-à-dire tout en sachant où l’on va, et pourquoi on a choisi d’aller dans telle direction (refus du roman linéaire) plutôt que dans telle autre, sinon on perd du temps, on se disperse, et le découragement arrive très vite. Si on a déjà un projet d’écriture, toutes les recherches s’organisent autour de ce projet, et le roman s’écrit au moment même où les informations surgissent au détour d’une lecture. Et donc, je dirai qu’il s’agit ici d’une biographie romancée, et je n’ai pris aucune liberté avec la réalité historique de ces personnages, voulant recréer l’atmosphère de l’époque. J’avais à ma disposition les articles de presse, les procès-verbaux, les comptes-rendus des procès, les photos des personnages, et puis… je connais bien le sud de l’île. C’est important pour moi, car je reste persuadé que l’espace et le temps jouent un rôle fondamental dans la mise en scène d’une intrigue.

C. S. : Avez-vous eu à combler certains trous de leur l’histoire ?

J.-F. S. : Très peu. Tous les faits ont été bien rapportés par les journalistes de l’époque qui ont fait un travail remarquable. Il me reste un regret : je n’ai pas la recette exacte de la poudre jaune, que des on-dit. Mais peut-être que cela vaut mieux pour tout le monde.

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« L’écriture est partout »

C. S. : Diriez-vous que l’art de la fiction, que les armes miraculeuses du roman permettent d’une certaine manière de mieux rendre compte d’évènements survenus et de leur retentissement (à la Réunion), qu’une simple reconstitution historique ?

J.-F. S. : Pour ce qui est d’une reconstitution historique, le plus souvent il s’agit d’un réel déjà écrit, analysé, commenté, et même déformé à travers les propos approximatifs de l’un ou de l’autre. Par conséquent, pour intéresser le lecteur, et pour qu’il aille jusqu’au bout de sa lecture sans que le livre lui tombe des mains, il faut que l’art de la fiction soit au service de l’histoire. Il ne s’agit pas là d’armes miraculeuses (en tout cas, moi je ne les possède pas), mais d’outils à maîtriser coûte que coute pour que le texte soit performant. A chacun ses outils, bien sûr. Cependant, certains d’entre eux sont indispensables à tout écrivain : maîtrise du niveau de langage, du style, du niveau de la pensée, et plus généralement maîtrise de la grammaire du texte. Il est un outil que l’on a tendance à négliger, c’est la lecture. La romancière mauricienne Nathacha Appanah me disait qu’elle lit beaucoup, énormément. Ou alors il faut méditer cette phrase de Marguerite Duras : « Tout écrivait quand j’écrivais dans la maison. L’écriture était partout. » Y compris dans la lecture. Ceci pour dire que l’outil des outils c’est aller au-delà de la forme. Ce que je donne à lire dans Une guillotine dans un train de nuit, c’est un coup d’œil (peut-être aussi un clin d’œil), un regard qui m’appartient en propre, ma façon d’aborder l’histoire de mon île, puis de la sentir, de l’écrire. Je suis tout moi dans mon écriture. C’est ma sensibilité qui court à travers les lignes. C’est mon sang. Ce sont mes rêves. Un narrateur omniscient ne suffit pas à rendre compte de la réalité. Et la forme n’est qu’un outil mis au service de la fiction, non de façon servile, bien sûr. La langue est aussi un outil, ou les langues, comme Patrick Chamoiseau qui donne au créole une place prépondérante dans ses romans. Quoi qu’il en soit, il faut être en permanence à la recherche d’une nouvelle forme, d’une nouvelle esthétique, dans la mesure où, dans l’écriture d’un roman, rien n’est gagné d’avance. Ce qui amène Gao Xingjian à prôner « l’éclatement de la narration fictionnelle classique ». Et donc, attention aux outils émoussés.

C. S. : Où s’arrête et où commence la littérature ?

J.-F. S. : La littérature n’a ni fin ni début, raison pour laquelle j’ai voulu citer cette phrase de Marguerite Duras. Ou alors, la littérature commence avec l’écrivain, se poursuit avec le lecteur, et comme le lecteur d’aujourd’hui cèdera la place au lecteur de demain, la littérature est sans cesse renouvelée, ranimée, recommencée. Je dirai même que le lecteur poursuit l’œuvre de l’écrivain. Le dernier lecteur signera-t-il la fin de la littérature ?

C. S. : Ne pourrait-on pas dire que dans cette histoire, celle de votre roman, elle (la littérature) commence et s’arrête justement, à bord de votre train de nuit, en carburant au suspense ?

J.-F. S. : Dans mon roman, vous avez raison, la littérature commence à bord du train de nuit, « en carburant au suspense », mais qui peut dire où elle s’arrêtera, et quand ? et où ? J’ai une amie qui, en métropole, prend souvent le train ; elle a lu mon roman dans le train, à onze mille kilomètres de l’île, et c’est ainsi que la littérature voyage de façon étrange : elle, la lectrice, assise dans un train, et lisant une histoire qui se passe dans un train venu d’un lointain passé. Le train du passé l’a rattrapée dans son présent à elle ; ce train est entré dans sa mémoire, dans sa vie, par le biais des émotions suscitées par la lecture.

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La générosité du lecteur

C. S. : Votre roman serait parfaitement adaptable au cinéma ou à la télévision. Avez-vous déjà été contacté pour cela, vous et/ou votre éditeur, par des réalisateurs ou des scénaristes ? A qui penseriez-vous ? Seriez-vous tenté comme certains auteurs, Eric-Emmmanuel Schmitt, Emmanuel Carrère, ou Philippe Claudel d’en écrire ou coécrire vous-même le scénario et d’en assurer aussi la réalisation ?

J.-F. S. : Les responsables de la maison Gallimard ont dû présenter déjà un résumé de mon roman à des réalisateurs ou à des scénaristes. C’est tout ce que je sais pour l’instant. Et à ce jour, je n’ai eu aucun contact. Je connais le travail d’Emmanuel Carrère, d’Eric-Emmanuel Schmitt (Variations énigmatiques est un petit chef-d’œuvre) et de Philippe Claudel (C’est difficile de ne pas avoir dans sa bibliothèque Les âmes grises), raison pour laquelle je me sens incapable d’écrire le scénario de mon roman (peut-être coécrire ?) et moins encore d’en assurer la réalisation. Il s’agit là d’une autre écriture, d’une autre forme d’art dont je ne possède absolument pas les outils.

C. S. : Dix romans publiés déjà, des essais, des ouvrages pédagogiques, un livre de photos, des recueils de poèmes et un Journal sûrement, dont la plupart ont en commun la Réunion comme sujet de réflexions, territoire d’inspiration, promesse d’avenir, théâtre des rêves, peut-on vous définir comme un écrivain engagé ?

J.-F. S. : Je suis profondément, sincèrement engagé dans mon écriture. Et j’ai adopté la formule de Jean-Paul Sartre : « Ecrire, c’est donc à la fois dévoiler le monde et le proposer comme une tâche à la générosité du lecteur ». Très tôt, je me suis posé la question : comment me rendre essentiel par rapport à mon île, par rapport au monde ? Dévoiler, révéler, tirer de l’ombre, donner à lire et à se lire aussi. Je propose un engagement imaginaire dans l’action d’écrire ou un imaginaire indissociable d’un mouvement qui vise à transcender la réalité. Toutes les formes de violence ne peuvent me laisser indifférent, ni l’esclavage, ni les crimes de sang, ni l’inceste, ni le racisme, ni les injustices que renferment nos sociétés. Je ne veux pas me sentir responsable de ces violences-là. Ce qui m’oblige à créer, à dévoiler, à m’engager, et donc à me sentir libre, une liberté liée à la liberté humaine.

C. S. : Que dirait le jeune homme que vous fûtes, fou de littérature, à l’écrivain que vous êtes devenu aujourd’hui ? Pouvez-vous l’imaginer ?

J.-F. S. : La réponse est simple : le chemin est bon, il n’y en avait pas d’autre, mais il te reste encore beaucoup à apprendre sur toi-même, sur le monde des morts et des vivants ; sur l’univers des mots et des maux qui conditionnent l’existence ; sur la généreuse indignation qui, parfois, permet de changer la face du monde.

C. S. : Est-il plus facile aujourd’hui qu’hier, lorsque l’on vit à la Réunion, de parvenir à se faire publier dans une dite « prestigieuse » maison d’édition hexagonale ?

J.-F. S. : J’ai fait la preuve (et je ne suis pas le seul) que le lieu où l’on vit n’influence pas les responsables des maisons d’édition, fussent-elles aussi prestigieuses que Gallimard, les poussant à dire non à un auteur. Seule compte la qualité littéraire du manuscrit qu’on leur propose. Franchement, je ne vois pas pourquoi un responsable éditorial digne de ce nom refuserait un texte de qualité ; il pourrait se tromper, mais à ce moment-là l’écrivain a toute liberté pour frapper à la porte d’une autre maison d’édition.

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De Victor Hugo à André Siniavski

C. S. : Appelez-vous de vos vœux la création d’une grande maison d’édition à la Réunion, digne du vingt-et-unième siècle et de sa révolution numérique, rayonnant sur le monde ? Un tel projet pourrait-il voir le jour selon vous ? Répondriez-vous à l’appel de mécènes éventuels pour la lancer ?

J.-F. S. : Je n’ai pas cette ambition d’autant que, à la Réunion, les maisons d’édition ont toutes les peines du monde à vivre, à survivre. La révolution numérique n’y suffira pas. Ce sont des écrivains talentueux qui font la renommée d’une maison d’édition, et sa renommée assurée, elle-même attire d’autres écrivains talentueux, et ainsi de suite. Mon souhait c’est que les écrivains réunionnais haussent le niveau de leur écriture, comme l’ont fait les écrivains africains, antillais, mauriciens. Il ne s’agit plus tellement d’écrire une aventure, mais de tenter l’aventure d’une écriture ; l’enjeu n’est pas le même, l’engagement de l’écrivain non plus.

C. S. : De quel(s) livre(s) recommanderiez-vous la lecture aux habitués d’Outremerlemag ?

J.-F. S. : Je recommande de lire, humblement, les écrivains indémodables, et surtout d’avoir un choix de lecture éclectique. Je passe aisément de Victor Hugo à Virginia Woolf, de Le Clézio à Chamoiseau, de Duras à John Irving, de Georges Bataille à André Siniavski…

C. S. : Quel livre êtes-vous en train de lire en ce moment ?

J.-F. S. : Après la parution de mon roman, des amis m’ont offert deux livres qui sont de la même veine, et que je dois absolument lire, m’ont-ils dit : Farinet ou la fausse monnaie de Ramuz et Fleur de tonnerre de Jean Teulé. Les vrais amis vous offrent toujours de très bons livres. Et ces deux romans sont excellents, de mon point de vue.

C. S. : Peut-on avoir une idée de la date de parution de votre prochain roman et du sujet dont il traitera ?

J.-F. S. : Après le roman historique, j’aborde un sujet d’actualité, un sujet grave qui bouleverse la Réunion depuis deux ans : c’est l’histoire d’une mère qui a perdu un fils de vingt ans en mer, alors qu’il surfait sur le spot de l’Ermitage, happé probablement par un requin… Quant à la date de parution, je n’en sais rien, car c’est une prérogative qui appartient à mon éditeur, Jean-Noël Schifano, et à la maison Gallimard.

C. S. : Une réflexion ou remarque, ou suite de mots de votre part, pour la route, comme viatique ?

J.-F. S. : « Chaque vocable de ce livre m’a valu une part de moi-même que chaque lecteur doit me rendre pour que je puisse continuer à vivre ; et chaque ligne est un barreau d’encre qui m’interdit de faire autre chose qu’écrire. »

Propos recueillis par Christian Séranot

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Reçu le 10/05/13 :

LITTÉRATURE : L’écriture au-delà du suspense et de l’effroi

Paru en 2012 chez Gallimard dans la collection Continents noirs, le roman de Jean-François Samlong met en place un suspense tout à fait poignant amplifié par l’alternance dans la narration des flash-back et des monologues. Le titre particulièrement intriguant, Une guillotine dans un train de nuit, campe la situation à la manière du roman policier. On commence d’emblée à suivre le trajet que Sitarane a vécu aux côtés de son complice Fontaine, de la prison de Saint-Denis jusqu’à celle de Saint-Pierre où l’échafaud sera dressé en 1911 pour leur exécution publique. Cette guillotine voyage dans le train avec eux.
Dans ce couloir de la mort qu’est le train, l’auteur fait revivre chapitre après chapitre les épisodes de la vie de Sitarane et sa bande qui ont mené à ce dénouement fatal. Né au Mozambique et arrivé à La réunion à l’âge de vingt ans, Sitarane était ouvrier agricole, charretier, prêtant ses bras là où il y avait de l’emploi, généralement apprécié pour ses qualités de travailleur même s’il maîtrisait probablement mal la langue du pays. Du jour où il rencontrera Saint-Ange Gardien, le sorcier tisaneur, sa vie basculera dans des crimes de sang assortis de magie noire.

« L’aventure de l’écriture »

La magie, les meurtres, le suspens, des personnages haut en couleur… tous les ingrédients du roman policier sont là. Mais on est porté par une langue qui révèle d’autres enjeux, de ceux qui transcendent les ressorts de l’intrigue et qui ont peut-être à voir avec ce que Jean-François Samlong appelle lui-même « l’aventure de l’écriture ». Dans sa restitution des faits, l’auteur s’interroge à la fois sur les motivations de Sitarane et sur les caractéristiques de l’époque qui ont pu favoriser un tel destin. Il propose, à travers sa description du personnage et du regard que la société porte sur lui, des explications au fait que des êtres puissent sombrer aussi loin dans la folie meurtrière, et qu’il soit si longtemps resté dans la mémoire collective. Aussi, dans le texte, l’écrivain prend-il régulièrement la parole, cessant son corps à corps avec l’intrigue et ses personnages, pour proposer une réflexion, une analyse et aider ainsi le lecteur à prendre de la distance.


Dominique Bellier
(Extrait. Voir l’article intégral paru sur le site :http://www.lemauricien.com/article/litterature-l-ecriture-au-dela-du-suspense-et-l-effroi)

 

Reçu le 23/04/13 :

Le coup de cœur de la semaine : Une guillotine dans un train de nuit de Jean-François Samlong (Gallimard, 304 pages)
Le titre déjà est très évocateur. D’emblée, l’on se retrouve comme au cinéma, confortablement installé, devant le grand écran de sa machine à impressions intérieure. Atmosphère, atmosphère !
Alors on ouvre le livre et on commence à lire. Deux citations en exergue, retiennent l’attention : « Rancune et colère sont aussi des choses détestables où l’homme pêcheur est passé maître. » Le Siracide. « La vengeance est un besoin, le plus intense et le plus profond qui existe. » Cioran. Sagesse et vengeance donc. Et de vengeance il sera beaucoup question dans ce roman. De sagesse aussi. Celle du narrateur omniscient. Mais n’anticipons pas. Tournons encore les pages. Surgit une dédicace : « A la mémoire d’Ernestine Généreuse, voyante extralucide. » Voilà qui ouvre des horizons. On l’imagine Ernestine. Page suivante une précision, précieuse, sur quatre lignes : « Cette histoire tisse des liens avec des faits réels et des personnages qui ont réellement existé, certes, mais tout le reste est littérature. » Et puis, après, page tournée encore, l’histoire commence : moteur !
Oui, moteur ! car d’emblée on se trouve happé par les événements que raconte Jean-François Samlong. Des événements pleins de bruits et de fureur, des crimes commis dans le sud de la Réunion1,  en 1909 et en 1910 par une bande de désaxés, dont un dénommé Sitarane, fut la figure emblématique : démoniaque et dépourvue de la moindre inclination à la pitié. Les personnages s’incarnent. Sitarane et sa bande (Calendin  dit Saint-Ange, Fontaine…) de buveurs de sang, nécrophiles, auteurs de meurtres, de vols et autres méfaits sordides en série, défraient la chronique de l’angoisse et de la peur, semant la terreur sur leur passage. La boîte à images fonctionne comme au cinéma, impressionnante de réalisme. Pourtant, il n’y a pas tromperie sur la marchandise, ce roman de l’auteur de l’essai Les mots à nu2  est bien un objet hautement littéraire. Seulement l’entreprise, suggestive, colle aussi au septième art. Elle en est empreinte jusqu’à sa construction3.  Images, odeurs, atmosphères, impressions, sentiments, surgissent à cru, jusqu’au dénuement final qui conduira les protagonistes de cette razzia de la cruauté et du mal absolu, devant les tribunaux.
Jean-François Samlong montre comment la société réunionnaise demeura longtemps traumatisée par cette incarnation du mal que représenta Sitarane, dont le souvenir fascine encore aujourd’hui au point qu’il demeure très présent dans la mémoire collective et que sa tombe à Saint-Pierre, dit-on, soit toujours chargée d’offrandes et de fleurs. Plus, souvent, que celles de ses victimes. Ses adeptes, nombreux, croyant même à son immortalité et lui vouant un culte pas prêt de s’éteindre. 
En racontant cette page d’histoire sanglante de son île, c’est la Réunion que Jean-François Samlong donne à voir à l’intime. Ne manque plus que l’œil de la caméra. L’on se prend à regretter qu’il ne soit pas aussi cinéaste, tant il restitue avec justesse et ampleur, et un réalisme à couper le souffle,  dans cette fresque riche de personnages, les points de vue propres à incarner la légende  de Sitarane et le mythe d’Ernestine Généreuse.  La lumière l’emporte sur l’ombre. Facile de deviner, entre ces deux figures, qui incarne qui…
Amis réalisateurs et scénaristes… A vous de jouer…

Christian Séranot

Lire Une guillotine dans un train de nuit pourquoi ?
-    Parce que Jean-François Samlong, l’écrivain réunionnais le plus talentueux de ces trente dernières années, réussit avec ce dixième ouvrage de fiction, le tour de force de transformer l’épopée sanglante de Sitarane et de ses acolytes : génies malfaisants, criminels sans scrupules ayant sévi à la Réunion au début du siècle dernier4,  en une épopée romanesque d’une lucidité jubilatoire sans concession,  où le Bien, incarné par l’extralucide voyante Ernestine Généreuse finit malgré tout par l’emporter. 
-    Cela avec la maîtrise d’un auteur parvenu au sommet de son art : en installant son histoire dans un train carburant au suspens. Mais loin de se ménager, Jean-François  s’impose des contraintes. Dès le début du livre, le lecteur en apprend le dénouement : la décapitation annoncée de Sitarane5.  Pourtant l’effet de suspens fonctionne, car Jean-François Samlong en l’utilisant dans le train qui mènera en une nuit Sitarane, sous bonne escorte de maréchaussée, vers son funeste destin, se ménage les moyens de tenir son public en haleine. Il tient là son unité de temps, d’action, de lieu, voire de thème. Dès lors, il conduit à sa main, sans ménager sa peine. Alternant les flashbacks, si l’on se réfère à un langage cinématographique, avec un sens certain de la mise en valeur et du traitement des ellipses. De nombreux chapitres commencent par l’évolution de la situation dans le train de la mort. Le train de la justice pour beaucoup. Les mises en abymes, monologues intérieurs et flux de conscience des personnages, se croisent, se succèdent et se répondent, nourrissant le récit mené6  avec fluidité, réalisme et sans temps morts. Et l’on apprend ainsi comment et pourquoi Sitarane et les siens finirent par être arrêtés.
-    Jean-François Samlong s’y entend comme personne pour mettre le lecteur de son côté, ce qui est le propre des très bons écrivains. En refermant ce livre, on se surprend à éprouver de l’empathie pout tous ses personnages. Et ce n’est pas la moindre des prouesses de l’auteur.

1 A saint-Louis, Saint-Pierre, Le Tampon, avec une extrême férocité, sur fond de magie noire souvent.

2 Les mots à nu, Editions Udir, 2000.

3 Voir plus bas à ce sujet: Lire Une guillotine dans un train de nuit pourquoi ?

4 Dans les années 1909 et 1910…

5 Tous les lecteurs se trouvent ainsi de ce point de vue à égalité. Nombre de réunionnais n’ignorant rien du sort réservé au principal protagoniste de cette histoire, avant même de commencer la lecture d’Une guillotine dans un train de nuit.

6 Répétons-le de main de maître. Lire aussi à cet égard le précédent roman (autobiographique) de Jean-François Samlong L’empreinte française paru aux éditions Le Serpent à Plumes, que nous avons eu le bonheur d’éditer, ou/et  par exemple L’arbre de violence (Grasset/Le livre de poche).

 

Reçu le 06/02/13 :

Bonjour Jean-Francois Samlong,

J’ai débuté la lecture de ce roman il y a une semaine. Et je dirais, tout d’abord, que j’ai passé une semaine comme j’aimerais en passer souvent. Je m’explique.

Dès les premières lignes de ce roman, j’ai été captivé, embarqué par la musicalité du train qui chemine dans la nuit noire de l’île de la Réunion, amenant Sitarane à poursuivre son destin dont l’issue fatale est proche.
Tout au long du livre, je me sentais comme un passager à bord de ce train à découvrir la vie de cet homme et de sa bande au rythme du doux balancement d’une locomotive.

J’étais impatient à l’idée de retrouver ces personnages, le soir en sortant du travail et le week-end.
Il n’y a aucun suspens dans cette histoire, dont on connait la fin, mais celle-ci est prenante d’un bout à l’autre.

Contrairement à mon ami qui a trouvé le début un peu long, j’ai tout de suite était pris par l’envie de me nourrir, paragraphe après paragraphe, chapitre après chapitre, de votre écriture sur une page de l’histoire de cette île qui m’était totalement inconnue.
Comment l’âme humaine peut-être aussi horrible ? Cela me fait penser à certains tyrans de l’histoire du monde que tant de gens admirent et vénèrent encore. Des tyrans qui deviennent malgré eux des martyrs alors qu’ils ne devraient même pas obtenir ce titre ! Je pense en particulier à des personnes comme Hitler qui est encore adulé par un certain nombre…
Paradoxalement, comme vous l’expliquez dans votre roman, Sitarane peut être perçu, du point de vue de la population dite « esclaves » comme une revanche sur cette triste période où le peuple des « blancs » leur faisait subir des atrocités. Mais peut-on vraiment lui pardonner ses crimes au titre de cette revanche ? Je ne le crois pas ! Cet homme qui a comme leitmotiv le gout du sang, le plaisir de faire du mal, de tuer… ne peut être considéré comme un « vengeur » car ce n’est pas en combattant le mal par le mal que l’on fait avancer les choses ! Loin de là ! Et là encore, l’histoire nous en a montré une multitude de preuves !

Pour en revenir à votre roman même, j’ai été très dérouté par certains passages où la colère et la violence Sitarane sont sans limites. Son pouvoir de persuasion est tel, qu’il arrive à endoctriner sa vision du monde à toute sa bande ! Toute sauf une personne à mon avis. Je parle là du personnage de Saint-Ange qui arrive très bien à le manipuler comme il l'entend. D'ailleurs l’histoire lui donnera raison car c’est le seul à être gracié et envoyé au bagne où comme vous le dites si bien il y restera un nombre d’année supérieur à la moyenne. Je n’ai pu m’empêcher d’avoir un sentiment de dégout quand j’ai lu qu’il serait gracié puis, je l’avoue en apprenant par la suite sa déportation à Cayenne, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un petit sourire de soulagement !

Je pourrais vous en parler, ou plutôt vous écrire encore et encore, tellement j’ai été enchanté de vous lire. Mais tout à une fin, alors je souhaiterais simplement vous féliciter pour ce roman qui m’a tenu en haleine d’un bout à l’autre.

Cela m’a permis de m’évader du quotidien, de vivre de nouvelles choses, d’avoir des sensations et de savourer nos sentiments.
N’est-ce pas tout simplement cela le but d’un romancier ?

Stanislas.

 

Reçu le 31/12/12 :

David et moi sommes de passage à Paris et nous avons eu cet agréable plaisir de retrouver votre dernier roman dans les rayons de la FNAC, parmi d'autres textes réunionnais et polynésiens. Je suis trop contente pour cette réussite et je vous en félicite !
Silvia Baage

Reçu le 30/12/12 :

En dépit de ce titre couperet – qui me fait toujours frémir d’horreur – en dépit de la fréquentation de ce personnage atrocement patibulaire qu’est Sitarane, j’ai lu le dernier livre de Jean-François SAMLONG publié chez Gallimard, avec grand plaisir.
Qu’on ne s’y trompe pas ! Je n’ai aucune attirance pour le morbide, le glauque, le sordide, épithètes qui viennent tout de suite à l’esprit dès que l’on aborde l’épopée sanglante et pitoyable du criminel buveur de sang. Non, je ne me complais pas dans l’horreur. Et l’auteur non plus puisqu’il a su garder tout au long de son récit une distanciation suffisante.
Je cite :
« Mais à la seule idée qu’il me faut écrire la suite, j’en ai la nausée. Je n’y renoncerai pas toutefois. »
Pas de complaisance donc envers le crime. L’auteur ne se pose ni en défenseur, ni en accusateur ; il relate soigneusement ce que disaient les journalistes de l’époque et les rapports officiels de la gendarmerie et du procès. Et du coup, pas de complaisance non plus envers ceux qui sont « du bon côté de la justice », ni envers ce contexte sociétal si particulier en ce début de XXe siècle avec ces mentalités non encore sorties du concept esclavagiste et cet environnement colonial sans état d’âme. Á ce propos, j’ai relevé à plusieurs reprises cet agacement (mais sans doute est-ce plus que de l’agacement) de l’auteur envers ces comparaisons animalières qui foisonnent sous la plume des chroniqueurs de l’époque… comme elles fleurissent dans maints ouvrages de littérature. Évoquer l’animalité de l’autre, c’est lui refuser le droit d’exister en tant qu’être humain…
L’intérêt constant que j’ai éprouvé à suivre cette espèce de « chemin de guillotine » inscrit dès le début de l’aventure vient de la mise en littérature de cet événement marquant l’histoire de notre île. En page de garde, cette note de l’auteur :
« Cette histoire tisse des liens avec des faits réels et des personnages qui ont réellement existé, certes, mais tout le reste est littérature »
Une belle littérature en tout cas… Les différents chapitres s’articulent sur ce train de nuit conduisant bourreau et suppliciés vers leur destin. Et les mots pour décrire cette course fatale rendent bien le caractère implacable de cet instrument de la destinée parcourant la profondeur d’une nuit sombre et inquiétante.
Mais cette nuit est aussi celle qui embrume les pensées de Sitarane… du moins celles que lui prêtent l’écrivain : là aussi, le jeu des ressassements traduit bien ces pensées en boucle qui devaient, - qui pouvaient, peut-être – défiler dans l’esprit malade du bandit et crée une atmosphère lourde d’enfermement, d’impossible issue due à cette accumulation de crimes et de profanations venue d’un être aux extrêmes confins de la déshumanisation.
Plaisir de découvrir un beau texte, donc et une belle composition. Mais le bonheur de la lecture ne serait pas complet s’il n’y avait dans ces pages autant matière à réflexion.
Pourquoi cette violence ? Là je ne peux que citer J.F Samlong :
« Depuis trente ans, en effet, je m’escrime à mettre en scène (à défaut de la comprendre et de la justifier) cette violence qui, venue du fond des âges, creuse jusque dans les entrailles d’une île… »
Mais un élément d’explication ressort de la lecture de cet ouvrage dans lequel l’auteur, comme dans d’autres de ses œuvres relie les actes de violence au passé esclavagiste, colonialiste et au monde profondément inégalitaire que nous subissons toujours.
Voilà qui peut expliquer aussi l’emprise d’un Sitarane sur l’inconscient de l’île, ces cultes insensés qu’on lui voue (faut-il qu’une population soit déboussolée pour trouver en un criminel tel que Sitarane, un vengeur !) , plus d’un siècle après son exécution, la peur et l’horreur qu’il suscite aussi comme si par le biais de ces actes sanguinaires, une porte s’était ouverte sur le Mal, sur l’enfer.
Et… faut-il l’avouer ? Lorsque j’ai pris ce livre dans les rayons d’une librairie, avant de passer à la caisse, j’ai eu le réflexe d’arracher le bandeau rouge portant la mention « Sitarane story ». Story ? Heu… Pourquoi cet anglicisme ?
(Monique MERABET, 30 décembre 2012)

Reçu le 26/12/12 :

Je viens de finir Une guillotine dans un train de nuit. C’est un livre très impressionnant et j’y pensais souvent pendant la période que je le lisais. J’avais un tas de choses à faire en même temps, c’est pour ça qu’il m’a fallu quelques semaines pour cette lecture; c’est néanmoins un livre captivant. A la différence des lecteurs réunionnais je ne connaissais pas beaucoup l’histoire de Sitarane et les autres, à part ce qu’on peut lire (de très simplificateur) dans un guide touristique tel « Lonely Planet ».
Mais en plus que les faits d’une histoire, chaque fois que je lis un de vos ouvrages j’apprends beaucoup sur l’art d’écrire, surtout en ce cas à propos de la maîtrise du point de vue et de la distanciation. J’admirais continuellement votre façon de tenir à distance, dans la première moitié du livre, les idées et les expériences du personnage principal par le moyen des commentaires du narrateur. Ainsi on a pu réfléchir et même comprendre (bien qu’horrifié) la motivation du personnage sans pouvoir ni vouloir s’identifier à lui dans ses mauvais choix et ses mauvais actes. Cela me rappelle le soin que vous avez mis aux scènes de traumatisme dans La Nuit cyclone, pour éviter l’éventuel voyeurisme du lecteur. Il en est de même ici, je crois, pour la partie du livre dans laquelle on suit l’arrestation, le jugement etc ; vous refusez adroitement l’éventuel sentiment de satisfaction ou de vengeance même au sens figuré chez le lecteur, en montrant la dure et affreuse réalité de la peine capitale.
Chez nous en Australie il y a eu un personnage criminel historique devenu plutôt symbole ou même idole nationale pour plusieurs, mais qui n’a pas la résonance spirituelle dont vous parlez à propos du culte de Sitarane ; je parle de Ned Kelly, qui était « bushranger » (espèce de bandit de route / de la brousse) au dix-neuvième siècle, voleur et meurtrier lui aussi mais qui, même de son vivant, avait la sympathie d’une partie de la population – lui aussi a été condamné à la peine capitale et sa mythologie en est devenue plus forte, jusqu’à ce que les gens semblent oublier ce qu’il a été. Son influence est plutôt sur le plan culturel (légendes, images, peintures, poésies, romans) que sur le plan spirituel / spirite; il n’y a rien par exemple de ce qui se passe au tombeau de Sitarane.
C’est à un tel moment que je voudrais pouvoir m’exprimer aussi bien en français qu’en ma langue maternelle; il y a tant de nuances et d’intelligence dans votre roman que j’aimerais noter mais je trouve qu’il me manque un peu le vocabulaire ! Je vous envoie quand-même mes félicitations, c’est un livre important et dont on parlera longtemps.
Cordialement,
Tracy

Reçu le 23/12/12 :

Après avoir lu deux fois Une guillotine dans un train de nuit, j'ai voulu absolument voir la tombe de Sitarane. Je suis venue, j'ai vu !
Pourquoi ce jour-là, à cette heure-là, ces deux hommes se trouvaient-ils là alors que nous nous approchions de la tombe ? Ils étaient là pour faire un sacrifice ! Sacrifice de deux coqs, auquel j'ai assisté du début à la fin ! J'ai soudain eu l'impression d'être en 1909, face à cet assassin perpétrant l’un de ses crimes. L'un des deux hommes, habillé de blanc, s'est livré à des incantations pendant que l'autre, tout de rouge vêtu, préparait les deux coqs. Tétanisée devant l'évènement, je n'ai pu filmer certaines scènes de cette cérémonie qui restera un moment très fort de ma venue sur l'île.
Michelle Lambert

Sacrifice

La danse du sabre sur la tombe de Sitarane en 2012 !

Reçu le 23/12/12 :

Comme tu l’écris toi-même, Une guillotine dans un train de nuit est un roman où les faits historiques servent de tremplin à la littérature. Un roman où tu mets en application ton aventure de l’écriture plus que l’écriture d’une aventure.  A n’en pas douter, il faut saluer le travail considérable qui a été nécessaire à construire chaque phrase, à choisir chaque mot. Encore une fois, c’est toi qui le dis, tu as mis en œuvre une méthode scientifique de travail et je dois avouer que la lecture de ce roman m’a renvoyé à mes années collège & lycée. A ces années où mes professeurs de français, certains plus que d’autres, afin d’enrichir notre vocabulaire, usaient du même principe que tu appliques à ces nombreux passages où les mots se succèdent, à un rythme rapide, saccadé, un roulement de tambour sur le chemin qui mène à la guillotine, le bruit répétitif des roues sur la jonction des rails. J'ai aimé cela.
Le Réunionnais que je suis, qui connaissait une bonne partie de l’histoire et bien entendu son dénouement est cependant moins « fan » de l’annonce répétée de cette fin. Mais cette histoire, n’est plus pour les Réunionnais, alors cela doit bien se justifier. Je comprends la nécessité de tenir le lecteur en haleine.
J’aime ces moments où le « je » déboule sans crier gare et nous fait nous dire…  « Mince, qui parle là ? Sitarane ? Jean-François ? » Et je ne peux m’empêcher de me rappeler qu’en 1979 tu publiais un essai sur la sorcellerie à La Réunion et que tu avais eu l’occasion de rendre visite à Madame Visnelda au cours de ses séances de désenvoûtement. Combien de fois Sitarane a-t-il été présent dans la salle d’exorcisme ? T’a-t-il demandé de raconter son histoire ? Trente  ans plus tard, en 2009, tu écrivais « Il était une fois… Sitarane » (comme il y eut « Il était une fois… Madame Desbassayns » et « Il était une fois… Sarda Garriga ») Et voici que Gallimard retient cette histoire-là… Un tremplin ?
Gallimard pour qui il est nécessaire, dans cette aventure de l’écriture, de casser certains codes. Casser les codes de la lecture facile avec des points, des virgules là où on les attend. Le « petit » lecteur que je suis a été par moment perturbé par cette écriture. Mais c’est sans doute aussi cela l’aventure de la lecture.
Et lorsque j’ai refermé ce livre, il m’est resté une impression étrange. Je me suis demandé ce qui m’avait touché. Et je me suis aperçu de quelque chose dont je ne suis pas très fier. Je me suis aperçu que le passage qui m’avait le plus troublé était celui de la capture de Sitarane… et l’entrée en scène des bergers allemands. Tu l’as dit, il ne s’agissait pas pour toi, dans l’évocation des crimes de cet assassin, d’aller trop loin dans le voyeurisme. Et ainsi, ces passages sont courts. Moi, lecteur, j’ai lu ces passages comme je regarde les actualités ou comme je lis les journaux. Je survole les faits divers et je tourne la page sans m’émouvoir tant tout cela est devenu banal. Et là, je suis ému de lire que ces deux chiens dressés pour tuer, qui sont eux-même des meurtriers  - voués cependant à la cause du Bien - , sont les victimes du Mal. Ce passage, dans ton livre, est long, très long. Alors on a le temps de s’en imprégner. On en vient à humaniser ces deux êtres vivants, des animaux « innocents » (et au passage, la première et la dernière victime de Sitarane - de son vivant - sont des chiens !). Et tandis que j'ai humanisé ces chiens, j'en suis venu à oublier que ce n'était pas là le pire des crimes de Sitarane ! Il a assassiné des hommes et des femmes ! La société dans laquelle je vis a fait de moi une personne qui oublie à quel point la vie d'un être humain est importante ! Et je crains de ne pas être le seul. Que dire ainsi de ces hommes et de ces femmes, dont très peu se rappellent les noms et auxquels on ne voue aucun culte, qui ont sombré dans l’oubli et n’ont droit à aucun égard. Alors je dis bravo, parce que ce livre me fait réfléchir sur mon échelle de valeurs qui nécessite d'être corrigée - ou du moins sur laquelle je dois rester vigilant. Et lorsque je vois les fleurs que déposent d'autres gens sur la tombe de Sitarane, j’ai envie d’aller sur celles de ses victimes, si je peux trouver leurs tombes, afin d’y déposer des fleurs et de leur dire, pour ces autres gens et pour moi-même (moi qui ne suis pas meilleur que ceux-là):
« Pardonnez-nous : nous ne savons pas ce que nous faisons… »
Grégory AH-KIEM

cimetiere

En ce dimanche 22 décembre 2012, on était six à chercher la tombe des époux Robert au cimetière de la Rivière Saint-Louis, et nous ne l’avons pas trouvée… ce sera pour une prochaine fois…

 

Lu le 14/12/12 :Photo_Thierry_Villendeuil_medium

« Un roman à couper le souffle… A l’évocation de son nom, des frissons parcourent la peau. Les souvenirs remontent, la voix de grand-mère résonne : « Sitarane, c’est le diable », disait-elle. C’est ce que son père n’avait cesse de lui répéter.
Alors quand Jean-François Samlong offre tout un ouvrage consacré à Sitarane, ce n’est pas sans craintes qu’on aborde ses pages. Une guillotine dans un train de nuit (Gallimard), nous ouvre une porte de l’histoire. Celle d’une histoire terrifiante qui a bouleversé jadis La Réunion. Sitarane, à bord d’un train, est transporté. Sa condamnation à mort en vue… » (Lire l’interview que Jean-François Samlong a consacré à Florence Labache, pour le Quotidien de La Réunion ; photo : Thierry Villendeuil).

Envoyé le 04/12/2012 :

Monsieur Petit, bonjour !
Je dois vous avouer, M. Petit, que votre franchise et la pertinence de vos remarques me touchent profondément. Je n'ai pas réponses à toutes vos questions, dont certaines relèvent d'un questionnement lié à la sociologie, à l'anthropologie, voire à la psychiatrie, mais je peux vous apporter quelque lumière.
A propos du suspens, comme le dénouement est connu, j'ai voulu faire en sorte que l'écriture soit elle-même le lieu du suspens avec le train qui donne son tempo à l'intrigue, avec les retours en arrière, les monologues intérieurs que je prête à Sitarane, d'où effectivement cette impression que l'histoire "est un peu longue à démarrer", mais je n'avais guère le choix pour harponner le lecteur. Il y a un risque : qu'il abandonne trop vite sa lecture !
Je ne sais pas si cette fascination pour Sitarane est malsaine, en tout cas, d'après les propos que j'ai recueillis sur sa tombe, au cimetière de Saint-Pierre, il s'avère qu'on le prie autant pour nuire à son prochain (pratiques de la sorcellerie) que pour faire le bien (exaucer un vœu). C'est ce qui me fascine dans cette histoire. Un peu comme si Sitarane avait été sanctifié par la guillotine. Il y a une étude sociologique à faire sur la question, qui dépasse mes compétences de romancier, pour qu'on comprenne un peu mieux pourquoi, plus d'un siècle après, on se prosterne toujours sur la tombe de Sitarane. Et pour quelles raisons ? Mais je doute qu'on fasse une telle étude, car les bien-pensants veulent plutôt qu'on oublie la figure légendaire de Sitarane qui nuit à l'image de l'Africain (esclaves et descendants d'esclaves) dans la société réunionnaise, préférant tenir des discours honorifiques sur les esclaves, les noirs marrons qui ont commis de nobles actions. Je ne suis pas contre, évidemment. Mais en même temps, non seulement Sitarane appartient à l'histoire de La Réunion, mais il continue à faire partie du présent des Réunionnais. Et les gens perdus, désœuvrés, comme vous dites, n'ont pas attendu la parution de mon roman pour aller jeter des prières et des fleurs sur sa tombe. Cette fascination mêlée de crainte dure depuis plus d'un siècle. De plus, je ne suis pas sûr qu'il s'agisse de gens perdus et désœuvrés...
Fallait-il en parler ? Là, vous posez une question fondamentale, même si un Hitler n'a rien à voir avec un Sitarane. L'écrivain doit-il s'interdire certains sujets ? Non, bien sûr. Tout dépend comment il le traite. Et dans mon roman je ne fais l'apologie ni du crime, ni de la sorcellerie, ni de la violence. Avec l'histoire sanglante de Sitarane, on tend même à l'universel puisqu'on y retrouve l'incessant combat entre le Bien et le Mal, l'ombre et la lumière - la lumière étant représentée par la voyante Ernestine Généreuse à qui je dédie mon roman, d'ailleurs.
Ma démarche est claire : mettre en évidence l'extrême violence qui secoue l'île depuis l'aube du peuplement, "conséquence en partie du moins de la colonisation et de ses inégalités", dites-vous avec justesse, sans nier la violence qu'on porte en soi, notre part de barbarie. Double point de vue que je partage avec vous.
Enfin, je vous dirai qu'après la publication de mon roman, je me suis intéressé à la question des morts et des vivants, à la possibilité que nous avons, nous les vivants, de prier pour les morts, quels que soient les crimes commis, pour qu'ils dorment en paix, enfin. Je me suis intéressé également à la psychanalyse, par exemple à ce qu'Octave Mannoni écrit : "Cependant, de la mort, il y a bien parole, et du coup nous sommes dans le symbolique, non pas seulement parce qu'il y a parole... mais parce que le réel, l'imaginaire et le symbolique étant les trois dimensions de la parole elle-même, la mort y fonctionne à la façon d'une sorte particulière d'objet, car un symbole est un objet dont les qualités réelles ou imaginaires ne comptent pas." Donc il faut qu'il y ait une parole autour de la mort de Sitarane, mais mon souhait, c'est qu'on le laisse dormir en paix.
N'a-t-il pas payé assez cher ses meurtres ?

Jean-François SAMLONG

Reçu le 03/12/ 2012 :

Bonjour, M. Samlong,
Quand j’ai commencé ce roman, Une guillotine dans un train de nuit (Gallimard, 2012), je ne vais pas vous cacher que j’ai été un peu déstabilisé par votre écriture d’une part, une écriture riche mais parfois un peu complexe dans la syntaxe, et l’histoire d’autre part, qui je trouve, est un peu longue à démarrer. Qui sont ces hommes ? Quand l’action va-t-elle démarrer ? Peut-être suis-je trop impatient dans un monde où tout va vite, où l’immédiateté est devenue la règle en tout domaine.
Mais la force de votre roman est qu’une fois que j’ai été accroché, je fus pris par l’histoire, ce rythme, il fallait que je finisse alors qu’on sait dès le début où vous nous emmenez.
Il n’y a pas de suspens, mais une fascination pour ces personnages, hors du temps, hors de notre temps, et pourtant reflet de la cruauté de nos contemporains.
Sitarane est si loin de nous, sur son île, dans son siècle, et pourtant...
Malgré tout, une question me trotte dans la tête : la fascination malsaine qu’exerce encore ce personnage sur un certain nombre de Réunionnais ne risque-t-elle pas de trouver une nouvelle génération de gens perdus, désœuvrés à cause de ce roman ? Mais en même temps, avec cette théorie, on ne parlerait plus d’Hitler sur prétexte qu’il fascine encore de nos jours des néo-nazis de par le monde... mais la question reste ouverte, me semble-t-il...
Pour conclure, merci de m’avoir fait découvrir une page obscure de La Réunion, conséquence en partie du moins de la colonisation et de ses inégalités, mais au-delà, cette histoire dit beaucoup de la sauvagerie que nous avons en chacun de nous.
En espérant avoir, au moins en partie, compris ce roman original et entêtant, comme un parfum qui laisse une odeur entêtante derrière lui.
Fabrice PETIT

Reçu le 17.11.12 :

Bonjour, Jean-François !
Ofèt moin la oubli di aou, mi doi rolir ankor in kou oute liv, dèk moin nora inn ti tan, akoz moin la rolèv inta fraz anndan lé tro gayar, mi domann amoin ousa ou trouv tousa, ou koné bann fraz nana la limièr anndan-la, kan ou lir i trap aou, lé kom in lévidanse, kom in manzé pou lo kèr. Pou lo promié léktur, moin té vé pa ralanti pou rolèv tousa, mé mi konte bien arlir ali é prann note dann in kayé. Noré été pli vite ékri dann lo liv, mé moin lé in moune i ékri pa dann liv !

Traduction: En fait, j’ai oublié de te dire que je relirai ton roman dès que j’en aurai le temps, car j’y ai relevé de nombreuses phrases alléchantes, et je me demande où tu vas les chercher, ces phrases lumineuses qui captivent quand on les lit ; c’est comme une évidence, une poésie qui nourrit le cœur. Lors de ma première lecture, je n’ai pas voulu m’attarder à les relever l’une après l’autre, mais je compte bien tout relire en prenant des notes dans un cahier. Cela aurait été plus facile pour moi d’écrire dans le livre, mais je suis quelqu’un qui n’écrit pas dans les livres.
Céline HUET

Reçu le 15.11.12 :

026-1_RDès les premières lignes d’Une guillotine dans un train de nuit, j’ai été happée par le suspense et le rythme (la vitesse du train et ses arrêts) qui m’ont emportée d’un point à l’autre de l’île dans les pensées d’un homme qui a laissé des traces profondes et encore très vivaces dans l’imaginaire du peuple réunionnais. Cette homme, Sitarane, dont je connaissais surtout le don d’ubiquité à travers les paroles d’un ségatier d’ici, et dont j’avais entendu dire qu’il revenait la nuit boire les verres de rhum ou fumer les cigarettes que de fidèles adeptes déposent régulièrement sur sa tombe.
Je dois dire que je craignais de m’ennuyer car je connaissais le dénouement de l’histoire, sans mystère puisque connu de tous. Et ce d’autant plus que la guillotine, voyageant dans le même train que Sitarane, sa tête ne pouvait être que tranchée !
Mais j’ai été sous le charme de l’agencement des mots et de l’histoire menée sans rythme faiblir d’un bout à l’autre du chemin de fer, comme les étapes d’un chemin de croix. Je voyais les scènes, les détails de la mise en scène, je découvrais les pensées des trois acolytes, dont je dois l’avouer, j’avais oublié qu’ils pouvaient être, avant d’être pris dans l’engrenage de la violence et d’entrer dans une espèce de légende, aussi des être humains de chair et d’os.
La richesse de l’écriture et le style prenant et haletant m’ont absolument enchantée. Je craignais cependant de me laisser envoûter par ce Sitarane buveur de sang, mais la réflexion et la lumière que dégage la belle plume du romancier m’ont poussée à aller au-delà de ma peur, au bout de ce voyage vers la mort et dans la folie des hommes.
Je ne pensais pas que des faits aussi graves et douloureux allaient susciter en moi une gamme d’émotions allant du plaisir de lire un beau texte à la peur et à l’incompréhension quant à ces actes sanguinaires. Et aussi tant de questionnements, entre autre sur cette voyante, Ernestine Généreuse, dont je ne me doutais pas de l’existence, et qui me semble tout à fait extraordinaire pour ne pas dire irréelle.
Comme je l’ai écrit plus haut, j’avais entendu parler des pratiques dont Sitarane faisait l’objet.
Et, ce premier novembre 2012, m’étant rendue au cimetière de Saint-Pierre, comme toutes les autres années, je décide de faire un détour à travers les allées pour voir de mes yeux la tombe de ce personnage dont le roman m’a aidée à appréhender en partie l’histoire.
Et là je découvre un espace qu’on dirait chargé d’émotions, la tombe est d’un rouge vif, juste en face d’une croix tout aussi rouge. De nombreux bouquets de fleurs sont déposés à même la terre et deux hommes encensent la tombe. La scène est très impressionnante, un court instant je me demande si je n’ai pas devant moi les descendants de Sitarane, mais c’étaient plus sûrement des adeptes.
Je ne peux contenir un sentiment de peur et de respect et m’empresse de partir. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de vie autour de cette tombe et que Sitarane est présent, du moins son esprit. Il n’est pas mort, ceux qui sont morts sont ceux que l’on a oubliés.
Avant de partir j’ai eu le temps de lire le nom des trois acolytes, Sitarane, Fontaine et Saint-Ange, inscrits d’une écriture malhabile sur la croix plantée sur la tombe par quelqu’un qui a peut-être voulu les réunir au même endroit, trois en un, trois hommes avec chacun une compétence différente, mais associés l’un à l’autre, ils ont démultiplié leur force. Saint-Ange et sa poudre magique, en tout cas bien mystérieuse pour l’époque, Fontaine et son habileté à ouvrir les portes (toutes les portes ?), Sitarane et son pouvoir d’être partout à la fois et d’être encore là aujourd’hui.
Céline HUET

Reçu le 15.11.12 :

Bonjour Jean-François,
Comme toujours, je relis mes livres et Une guillotine dans un train de nuit n'a pas échappé à ma règle ! La première fois, je me suis attachée au fond et presque uniquement au fond tant l'histoire est prenante, forte, dure, incroyable ! La seconde, j'ai pu admirer la forme ! C'est alors que j'ai retrouvé tout à fait le style des romans d'avant ! Tu y as mis toutes tes tripes, cela se voit, cela se sent  ! A chaque page, j'ouvre un peu plus les yeux, me disant que, malgré le temps, les rides et la mémoire qui flanche, les choses restent intactes. Pour écrire ce roman, tu n'as pas hésité à, descendre au fond de toi afin de refaire jaillir une odeur, une image, quelques mots de poésie pour affronter la violence et, surtout pour s'en protéger ! On a tout un  tas de ressources à disposition à l'intérieur de soi, il suffit de prendre le temps d'aller les chercher ! C'est ainsi que l'on fait de la "belle littérature" ! Félicitations cher ami !
Bisou
Michelle

Reçu le 15.11.12 :

Bonsoir Jean-François,
Je t'ai écouté avec beaucoup d'intérêt à l'occasion du lancement de ton roman aux éditions Gallimard ; j'ai écouté tes explications très pertinentes relatives aux raisons du succès de la littérature antillaise par rapport "à la réunionnaise"... pour faire bref, je souhaite que ton roman connaisse le succès qu'il mérite ; dès que possible, je me le procurerai !
Georges Bredent

Reçu le 13 novembre 2012 :

Je suis toujours en train de lire Une guillotine... et c'est très intéressant ; j'attendrai la fin pour en parler davantage !
Je vous envoie quelques photos pour votre site - pas toutes de la traversée qu'on vient de faire (Gariwerd est à l'est -Victoria - mais les autres sont de l'Australie occidentale où nous habitions) et toutes faites par moi. J'en ai d'autres aussi faites par John mais peut-être pour une autre fois (lui est meilleur photographe que moi !). Là où j'habite, on l'appelle « wheatbelt » (à propos de la culture du blé) ; en hiver c'est tout vert mais en été tout jaune.
Tracy Ryan

 

Cliquez sur les photos pour les agrandir

Australie_001
Chez nous en hiver

Australie_002
Côte du sud - Albany

Australie_003
Côte du sud - petite plage
Australie_004
Gariwerd - vue
Australie_005Près de chez nous

 

Reçu le 25 octobre 2012 :

Eh oui, l'hiver approche, hélas ! Cette nuit, j'ai pu écouter l'émission "La danse des mots" sur RFI et surprise, un certain JF. Samlong parlait de son nouveau roman !
Dans Sitarane, on peut lire "Satan", ce qu'il était ! Tu dis avoir créé du suspens ! Je confirme, je dirai, tu l'as fait au-delà de nos espérances de lecteur.
Ton entretien était parfait, tu as dit l'essentiel, et tu as fort bien parlé, à la fois du roman mais aussi de ton île ! J'ai beaucoup aimé D. Waro chantant Brassens.
Michelle

Ecoutez l'interview diffusée sur RFI le 23 octobre 2012 - Danse des mots par Yvan Amar:

Reçu le 23 octobre 2012 :

Après avoir assisté à deux interviews concernant votre nouveau livre, il était normal de le commencer. Je n'en suis qu'au quatrième chapitre mais j'ai hâte de lire la suite, de voir Sitarane définitivement sombrer, de redécouvrir l'épilogue d'une histoire que je croyais connaître.
Vincent Dandrade

Reçu le 09 octobre 2012 :

Bonjour, Jean-François !
Que la question : "Pourquoi les Réunionnais se sont-ils identifiés à Sitarane", t'ait hanté longtemps, ne me surprend pas et comme je te comprends. Pourquoi raviver de si grandes douleurs ? Dois-je ou pas écrire ? Je te dis : " Il le fallait, pour tous ! Tu as un devoir de mémoire, et, tu l'as très bien fait. Par contre, ne t'étonne pas que les réactions soient totalement différentes, surprenantes même ! L'aurais-tu écrit pareil si tu avais rencontré les descendants des époux Robert avant ? Savoir que leur petite "puce" de 5 ans a échappé à une fin atroce t'aurait sans doute dicté un chapitre supplémentaire !
Tu écrivais, il y a peu de temps : "1 livre, 1000 lectures" ! Je suis tout à fait d'accord. D'ailleurs, ne penses-tu pas que, le vécu de chaque lecteur, peut avoir une influence sur ses impressions quand il tourne la dernière page d'un roman ? Le récit compte autant pour celui qui lit que pour celui qui écrit, de cette manière le lecteur ne devient-il pas coauteur tant il rentre dans la peau de l'écrivain ?
Rassure-toi, j'ai beaucoup aimé ce nouveau roman, mais je reconnais qu'il m'a "chamboulée" différemment de L’Empreinte Française, de La Nuit Cyclone ou de L’Arbre de violence, trois de tes livres pour lesquels j'ai une affection particulière !
Tu évoques la "culpabilisation de la victime comme dans le viol ", LOGIQUE !!!
Et j'imagine très bien combien tu as dû être bouleversé en écoutant les descendants des époux Robert. A propos, ce 5ème festival s'est-il bien passé ? Tu as eu beaucoup de demandes de dédicace ? J'attends de voir tous tes commentaires sur ton site que je visite très régulièrement.
Bonne journée
Michelle

Envoyé le 08 octobre 2012 :

Madame Audreno, bonsoir !
Je vous remercie de cette note de lecture, et surtout d'avoir osé lire ce roman qui met en exergue une page douloureuse de l'île.
Vous posez une question qui m'a longtemps hanté : pourquoi les Réunionnais, au moment des crimes, se sont-ils identifiés à Sitarane ? Pourquoi, aujourd'hui encore, on continue à lui rendre un culte. On continue à le craindre. Certains n'osent même pas prononcer son nom. Sa tombe est toujours bien entretenue. Entre la peur et la vénération superstitieuse, on le prie, on lui demande d'intervenir dans les affaires de ce monde, soit pour le mal, soit pour le bien.
Plus d'un siècle après, les Réunionnais se souviennent de Sitarane. C'est incroyable !
Ce dimanche, j'ai dédicacé mon roman dans le cadre du 5ème Salon du Livre Jeunesse, et j'y ai rencontré l'un des descendants des époux Robert. Grand moment d'émotion, vous pensez bien. Il m'a dit plusieurs choses qui m'ont bouleversé : un, la tombe des époux Robert dans le cimetière de la Rivière Saint-Louis n'est pas aussi bien entretenue que celle de Sitarane (de plus, à Saint-Pierre, il y a un gardien de la tombe de Sitarane) ; deux, les parents des époux Robert, à l'époque, ont dit que si l'instituteur Robert n'avait pas étalé au grand jour ses richesses, lui et sa femme n'auraient pas été assassinés (culpabilisation de la victime comme dans le viol) ; trois, les époux avaient une petite fille de 5 ans environ, et ils l'avaient laissée avec la grand-mère, c'est ainsi qu'elle a eu la vie sauve.
Voilà ce que je peux ajouter de plus par rapport à cette histoire.
Cordialement
Jean-François SAMLONG

Reçu le 06 octobre 2012 :

Bonjour,  Monsieur !
Une amie m'ayant parlé avec autant d'amour pour votre île que de conviction pour votre roman que j'ai cédé. J'ai lu !
Dans votre livre, Sitarane, le nègre africain, règne en maître, répandant la peur ! Peur de la nuit pendant laquelle le sud de la Réunion voit commettre sur ses terres,  multiples vols, viols, meurtres, tous plus odieux les uns que les autres. Bientôt toute l'île est gangrénée par cet homme maléfique qui ne respecte même pas les chiens, à fortiori les hommes !
Au fil des pages, le lecteur en haleine, ressent l'âme africaine qui plane !
Qui a séjourné sur cette île, visité les "hauts", écouté son peuple, a ressenti la même chose que dans votre roman, m'a-t-elle dit ! Derrière cet homme maléfique, au destin macabre qui va le mener vers la guillotine, c'est toute l'âme de votre île que l'on entend pleurer.
Ici en métropole, un tel être aussi abject, aurait été enterré dans l'anonymat afin d'être oublié de tous le plus vite possible et, surtout pas de fleurs, de fruits etc. C'est là aussi toute la différence entre nos deux cultures ! Différence qu'il est bon de partager grâce à ces romans "témoins", comme l'est le vôtre !
Mon amie a eu mille fois raison de m'encourager !
Merci à elle et surtout "Merci à vous" de nous avoir fait partager une page de l'histoire d'une île lointaine par les kms, mais proche par le cœur !

Michelle Audreno

Reçu le 03 octobre 2012 :

Bonjour, Jean-François !
Eh oui, incroyable mais vrai ! Tu es le premier et seul homme que je côtoie qui ne pense pas que les voyantes soient des êtres maléfiques. Cette femme généreuse, comme son nom l'indique, détenait la clé. Comme tu l'expliques, sa générosité a voulu qu'elle redistribue autour d'elle tous ces dons qu'elle possédait. Elle avait aussi une certaine grandeur d'âme pour faire cela. Ces  femmes ont de tels atouts que beaucoup de prédateurs, non initiés, naissent  autour d'elles et profitent de la faiblesse de gens en détresse qui les appellent ! Hélas !

Reçu le 03 octobre 2012 :

Bonjour Jean-François,
Très contente d'avoir de tes nouvelles et de constater ta belle publication chez Gallimard.
Bonne idée d'écrire sur Sitarane!
Monique Agenor

Envoyé le 02 octobre 2012 :

Bonjour, Michelle !
Ce en quoi je crois : il y a dans Une guillotine dans un train de nuit tous les ingrédients pour faire un bon film dans le genre fantastique, avec l'incessant combat entre le bien et le mal, l'ombre et la lumière, le ciel et l'enfer, la mort et la vie, l'amour et la haine (tu peux y ajouter ton grain de sel !), à l'image du monde depuis que le monde est monde. Et puis j'aime beaucoup le personnage d'Ernestine Généreuse, la voyante qui voit au-delà du réel, qui maîtrise le sens de l'ailleurs, qui a le pouvoir de s'affranchir des contraintes du temps et de l'espace. J'ai toujours été attiré par ces personnages extralucides qui évoluent entre notre monde et le monde invisible, comme j'ai été attiré par Madame Visnelda, la grande exorciste de l'Etang-Salé, qui a eu son heure de gloire. Sitarane aussi a voulu goûter à l'invisibilité à sa façon, et nous savons où cette quête l'a mené.
Ernestine Généreuse est une vraie initiée, avec un parcours extraordinaire. Qu'est-elle venue faire à La Réunion dans les années 1910, alors qu'elle aurait pu avoir une belle carrière de voyante en Europe ? Mystère. Ou alors sa mission était d'apporter sa lumière là où on en avait le plus besoin. C'est ça la clé. Lumière ? Amour ? Argent ? Pouvoir ? Tout cela n'a un sens que si vous l'apportez à ceux qui en ont le plus besoin, au bon moment, en se moquant des frontières. Sinon, à quoi bon posséder tous ces atouts ? Et puis si vous les possédez, ce n'est pas pour vous, mais pour les autres.
Et de l'argent, il en faut beaucoup beaucoup pour faire un film ou un téléfilm. Raison pour laquelle je garde les pieds sur terre, et puis on se bouscule au portillon des scénaristes. Une chose est sûre : ce genre de projet fait rêver tous les écrivains, alors rêvons.
A bientôt
Jean-François

Reçu le 02 octobre 2012 :

Tu ne crois pas à la possibilité qu'un scénariste ait envie de faire un film de ta "Guillotine dans un train de nuit" ?
Michelle

Reçu le 01 octobre 2012 :

Ton jardin est grand mais, le jour où il sera rempli de ces fleurs, alors moi, modeste bouton, j'irai sur le petit nuage situé juste au-dessus. Toujours présente mais face à toutes ces sommités de la littérature et de la poésie, je me ferai plus discrète, telle la violette !
Et si... un producteur ou un scénariste remarquait ton roman au point d'en faire un film ? Tu imagines !
Quelle récompense cela serait pour toi et, j'en serai tellement heureuse pour toi, mon ami ! Sur cet espoir, je te laisse. Je vais comme chaque soir remercier tous ceux qui le méritent !
Michelle

Envoyé le 01 octobre 2012 :

Bonjour, Michelle !
Cela ne me surprend pas ce que tu me dis à propos de tes deux chiens ; un cœur généreux est ouvert à tous, à la planète. Ce cœur-là aime les hommes, les bêtes, les plantes - bref, tout ce qui vit.
A travers l'histoire des deux bergers allemands, j'ai voulu montrer que la souffrance faite à la bête est une souffrance faite à l'homme. Ta réaction émotive par rapport à ce chapitre de mon roman le prouve clairement.
Moi, je n'ai jamais eu de chien ; j'ai eu deux tortues, on me les a volées.
Sandra a un chinchilla, depuis des années déjà.
J'ai les chats de mes voisins dans mon jardin, surtout quand je viens de tondre le gazon, et les oiseaux sur mes arbres, dans le ciel...
Tu liras le mot de Karoli Sandor Pallai à propos des échanges sur mon site.  Merci à toi qui m'as donné cette impulsion.
Jean-François

Reçu le 30 septembre 2012 :

Bonjour, Jean-François !
Tu me confies que le chapitre des bergers allemands t'a demandé du temps à l'écriture. Peut-être n'as tu jamais eu de chien ?
En avoir eu, t'aurais, crois-moi, facilité énormément l'écriture !
J'en ai eu deux, Morgane et Sally. Elles m'ont accompagné pendant 17 ans. J'ai dû faire piquer la mère (atroce décision) tant elle souffrait d'arthrose. La fille, je l'ai veillée toute une nuit, quand à 4 h10 du matin, elle m'a quittée. Dans ses yeux, je lisais "Merci" pour m'avoir accompagnée jusqu'à la dernière seconde ! Cher Jean-François, c'était il y a 15 ans, et je puis t'assurer que jamais aucun être humain ne m'avait accordé autant de fidélité et de preuves d'affection !
Face aux récits des nombreux meurtres de Sitarane, j'ai souvent eu des "hauts le cœur" à la limite des vomissements ! Pour celui de la femelle berger allemand, mes yeux se sont mis à suinter !
Michelle

Reçu le 29 septembre 2012 :

Bonjour, Jean-François !
Maintenant tout est clair, c'est parfait !
Ok, pour Amazon, dont je viens de recevoir les 2 exemplaires que l'on m'a commandés et que tu devras dédicacer ! (si tu le veux bien), plus le mien évidemment.
A Paris, J'espère vivement que tu trouveras un tout petit peu de temps à me consacrer personnellement pour échanger nos impressions. Je ne t'ai pas parlé de tous mes ressentis comme le chapitre des deux bergers allemands. Quand j'ai refermé ton livre, je me suis précipitée sur Des mots à nu, tant j'avais besoin de beauté, de tendresse, d'amour tout simplement, tu comprends.
Mais rassure-toi, mes impressions resteront, je ne jouerai pas les girouettes ! A mon tour, je respecte totalement les tiennes. J'ai hâte de lire celles de Sylvia Baage et de tous les autres.
Ce soir, finale de la coupe de l'Outre-mer, Réunion/Martinique !
Que le meilleur gagne ! Rennes, hier soir, s'est redressé face à Lille, c'est bien.
L'automne arrive à grands pas, cette nuit il a fait 5°. J'ai horreur du froid, il me paralyse.
Bon week-end
Michelle

Reçu le 28 septembre 2012 :

Bonjour, Jean-François !
Peut-être qu'au moment où tu liras ce mail, j'aurai enfin trouvé le sommeil !
Eh oui, je repense à ton dernier message, je réfléchis beaucoup.

Reçu le 28 septembre 2012 :

Bonsoir ou bonjour, Jean-François !
Pour une fois, tu ne partages pas mes impressions ! Je comprends fort bien !
Nos divergences si je puis dire, font notre richesse, n'est-ce pas !
Enfin, l'étymologie du mot "guillotine" indique que, c'est un instrument servant à décapiter les condamnés, donc "un outil sanglant" ! Il ne t'a pas échappé que je suis une femme et, qu'à ce titre, voyager dans un train de nuit est dangereux ! Par conséquent, un titre comme Une guillotine dans un train de nuit, avertit ipso facto que l'histoire sera sanglante. Pardon, cher Jean-François mais, je suis presque sûre, qu'en me lisant, tu vas dire :
Bon sang, mais c'est bien sûr ! Je n'avais pas vu les choses sous cet angle !
Si j'habitais la Réunion, ce soir je t'inviterais à partager un café afin de t'expliquer mes réflexions profondes sur cet homme : Sitarane. Par exemple, je me demande ce qu'il a pu subir de 0 à 20 ans pour être rempli de haine ! De plus, je le plains, car il ne connaît pas la douceur de l'amour, aimer son père, sa mère, son frère, sa sœur, son prochain, c'est bon ! Loin de moi, de lui pardonner ses vols, ses viols, ses crimes odieux mais, je me demande pourquoi tant de haine. Bien sûr qu'il méritait le châtiment suprême, pour autant je me pose bien des questions. Je comprends, cette fois, pourquoi ta sœur n'a pas voulu te suivre au cimetière de peur de faire des cauchemars.
J'espère vivement que nous pourrons à Paris, poursuivre cette discussion. Partager des ressentis de vive voix, c'est beaucoup mieux. J'attends les réactions des autres lecteurs !
Pardon pour la longueur, le livre le méritait, et surtout tu as fort bien fait de l'écrire !
Une lectrice fidèle à son écrivain.
Michelle

Reçu le 26 septembre 2012 :

Bonjour, Jean-François !
Etant l'auteur d’Une guillotine dans un train de nuit, tu connais ce que contiennent les 300 pages.
Voici pour toi seul, tant que les autres ne l'auront pas lu, mes premières réactions.
C'est un roman dur, très dur... mais je suis heureuse de l’avoir lu parce que cette histoire fait partie de l'histoire de ton île et, chez toi comme ailleurs, il y a des bons et des méchants.
Tout ce que j'avais lu de toi jusqu'à maintenant, c'était très différent. C'était l'homme écrivain/poète qui s'exprimait, ici, c'est l'homme tout simplement qui raconte une partie de "son île". C'est bien écrit, dans un style pur et dur comme le récit. Oui, le style colle à l'histoire comme la peau aux os.
Voilà, tu es maintenant rassuré, j'ai aimé, et ce pan de l'histoire de La Réunion, comme celui de Madame Desbassayns, resteront gravés à jamais dans ma mémoire comme l'expression de la souffrance qu'ont subis tous vos ancêtres.
C'est un livre "témoignage", et ce soir, je prierai pour que Dieu pardonne à Sitarane tous ses méfaits !
Bonne journée à toi
Michelle

Reçu le 13 septembre 2012 :

Je vous félicite sur le nouveau livre, que je lirai certainement, bien que son sujet me fasse plutôt peur (mais il fait parfois du bien de faire face dans la lecture à ce qui inquiéterait dans la vie !) Je devrais le chercher sur Internet car il n'y a presque plus de librairies ici (comme ailleurs) et c'est encore pire pour les livres de langue étrangère. Je viens quand-même de commencer à lire La Nuit cyclone qui était à une de nos bibliothèques universitaires, tout comme L'Empreinte française.
Tracy Ryan (Australie Occidentale)

Reçu le 11 septembre 2012 :

Nous nous verrons de toute façon au Salon : je compte bien que tu nous dédicaceras ton livre, que j'attends avec impatience, car franchement... ça fait 33 ans (sur 35 à LA Réunion) que je m'interroge sur ce personnage, et tout ce que j'ai pu en lire m'a drôlement laissé sur ma faim...
Christine Langot

Reçu le 1er septembre 2012 :

Avec ce communiqué, c’est le suspense total ! La citation me fait penser un peu au personnage de papillon/sorcier de René Depestre (dans Hadriana dans tous mes rêves). Je ne veux pas encore vous féliciter mais j’espère vivement qu’il y aura beaucoup de lecteurs qui apprécieront votre texte !
Silvia Baage

Reçu le 30 août 2012 :

" Bravo pour ce nouveau roman. Et parlant de fouetter un chat, je n'avais pas imaginé un animal si noir ! Il sort le même jour où je prends le train pour le Midi... Bon vent à la Guillotine !"
Roger Little

Reçu le 30 août 2012:

LE NOUVEAU ROMAN DE JEAN-FRANÇOIS SAMLONG
UNE GUILLOTINE DANS UN TRAIN DE NUIT

VolcanEn ce qui concerne ton roman, Une guillotine dans un train de nuit, je te tiens au courant de tout ce que je vois, et verrai dans les jours et semaines qui viennent (FNAC, libraires, etc.) Sur Google, on en parle beaucoup, c’est de bon augure. En ce qui me concerne, je te parraine autant que faire se peut. Je pense notamment aux associations de Réunionnais en Bretagne. Je te promets de faire le maximum ! J’avais beaucoup aimé L’île insolite d’un jardin créole, mais je pense que le nouveau consacré à ton volcan sera époustouflant. Ta photo est splendide, tu as laissé parler ton cœur pour réussir de tels chefs- d’œuvres. Le foot a repris, tant mieux, tu as vu les tirages au sort, les Français sont relativement favorisés. Et puis cela va te permettre de te reposer un peu le soir… (Michelle Lambert, le 30 août 2012).

Reçu le 30 août 2012:

"Quelle bonne nouvelle que ce roman chez Gallimard ! Fallait bien que toutes tes recherches se rejoignent dans une fiction. N'est-ce pas ce qu'on appelle le roman historique, que personnellement j'aime beaucoup."
Jeanine Guichemerre

Reçu le 27 mars 2012 :

"Merci pour ces bonnes nouvelles. Nous attendons avec impatience la sortie d’Une guillotine dans un train de nuit (ça sonne comme un roman policier !). J’imagine, sans doute sans m’en rendre compte vraiment parce que dénué d’expérience, le travail de rigueur, la discipline, la volonté de chaque instant qu’il faut s’appliquer sans défaillir. C’est sûrement la même énergie, la même obsession du résultat que chez le marathonien (bien que celui-ci soit confronté à une épreuve plus brève !). J’avoue que j’admire ces performances dont j’aurais été incapable... Trop dilettante, probablement. Bon courage pour la dernière ligne droite !"
Georges Morgeau

Reçu le 15 mars 2012 :

"Gallimard est le meilleur des éditeurs.
Très heureuse aussi que tu édites un nouveau roman."
Céline Ménard

Jean-François SAMLONG

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Oeuvre du hasard

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